Daniel Auteuil dans le "Malade imaginaire"
Daniel Auteuil dans le "Malade imaginaire" © Julien Panié

Daniel Auteuil fait du "Malade imaginaire" de Molière un drôle de sale gosse

Mis à jour le 01/02/2019 à 13H26, publié le 01/02/2019 à 12H51

Daniel Auteuil tenait vraiment beaucoup à monter ce Molière, ce "Malade imaginaire" avec sa fille Aurore. C’est chose faite et il est un Argan très convaincant au Théâtre de Paris, où il capte toute l’attention. Et c’est tant mieux, car sa mise en scène, elle, manque un peu d’imagination.

Daniel Auteuil-Argan ne perd pas tout à fait le nord : emmitouflé dans son long manteau éclatant de couleurs, engoncé dans son fauteuil, il compte en espèces sonnantes et trébuchantes tout ce que lui coûtent ses traitements et fréquents lavements. Mais les réduire, ce serait risquer d’être encore plus malade ! Un clin d’œil d’Auteuil à Harpagon qui n’est pas sans saveur.

Auteuil à son affaire

Ce rôle du plus grand hypondriaque du théâtre français, va comme un gant au grand acteur Daniel Auteuil. Il le tire du côté de l’enfance et de la farce, en fait un sale gosse égoïste et autocentré qui cherche à marier sa fille au fils de son médecin, lui-même praticien, alors qu’elle aime Cléante. Car seule compte sa santé, ses maux imaginaires, qui mettent la maisonnée sens dessus dessous. Il y a ceux qui tirent profit de sa fragilité et de sa grande naïveté, et les proches, désemparés.

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Le père et la fille

Comme toujours chez Molière, le bon sens en action est incarné par la servante, ici Toinette jouée par Aurore Auteuil, dont l’effronterie et la générosité séduisent. Père et fille se régalent visiblement à se donner la réplique. Toinette déployant force manigances, pour ramener son maître à la raison.

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Autour d’eux une belle distribution, avec notamment Jean-Marie Galey en fourbe Monsieur Diafoirus, le médecin incompétant qui se rêve en beau père. Et Natalia Dontcheva dans le rôle de Béline, l’épouse mielleuse et vénale, qui attend impatiemment la mort de son vieux mari.

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Mise en scène sans surprise

Un geste, un regard, perdu ou implorant, une mimique d’Auteuil qui ne se ménage pas, et l’on rit. Au point qu’on en oublierait presque sa mise en scène assez statique. Pas de changement de décors, peu de trouvailles scéniques, peu de surprises, si ce n’est la déclaration d’amour de Cléante à Angélique sur l’air de "Space Odity" de David Bowie, et un final très Commedia dell'arte inquiétante, avec des masques qui évoquent plus les maladies que les médecins.

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Auteuil poursuit son exploration de Molière

Mais on ne boude pas son plaisir, et on passe une bonne soirée avec ce spectacle plein de sève, aux très jolis costumes signés Charlotte Betaillole. Après Scapin et Arnolphe, voici donc Auteuil qui poursuit son exploration de Molière. Peut-être un jour sera-t il Harpagon ou le Misanthrope…
 

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<span>Par</span> Sophie Jouve

Par Sophie Jouve

@sophiejouve1

Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse

Infos pratiques

"Le Malade imaginaire" de Molière Théâtre de Paris 15 Rue Blanche, 75009 Paris A partir du 25 janvier 2019 Du mercredi au samedi à 20h30, Samedi à 17h, Dimanche à 15h30 De 28 à 73 euros Site du Théâtre de Paris

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