Erwan Castex, alias Rone, va sortir son quatrième album en octobre 2017, intitulé "Mirapolis".
Erwan Castex, alias Rone, va sortir son quatrième album en octobre 2017, intitulé "Mirapolis". © Flavien Prioreau

Portrait de Rone, génial producteur français d’électro

Mis à jour le 24/10/2017 à 19H27, publié le 24/08/2017 à 17H12

Le producteur d'électro Rone sortira en novembre son 4e album, le très attendu “Mirapolis”. La veille, jeudi 2 novembre, il est programmé au Pitchfork Festival parisien. Nous avons rencontré Erwan Castex cet été, juste avant son passage à Rock en Seine, pour tirer le portrait de ce talentueux artiste français de 37 ans, à l’univers tantôt léger, tantôt sombre, mais toujours onirique et coloré.

Une bouille d’ado, des petites lunettes rondes et un sourire en coin, presque gêné. 2008 : Rone fait son apparition sur la scène électro française, avec le titre “Bora vocal”.  Le musicien autodidacte, repéré sur Myspace par le label Infiné, séduit avec ce titre rythmé par la voix de l’écrivain de science-fiction Alain Damasio. Un texte puissant sur l’existence (“T'es nécessaire, quoi. T'es pas surnuméraire, comme dirait Sartre, t'es pas superflu, quoi.”), renforcé par la mélodie entêtante et onirique de Rone.

Neuf ans plus tard, le 14 janvier 2017, même tête d’enfant et lunettes rondes, Erwan Castex retrouve, sur la scène de la Philharmonie de Paris, son auteur fétiche pour une version live réarrangée de son premier titre. “Pour nous, c’était très spécial de l’interpréter en live, se rappelle Rone. Ca fait dix ans qu’on se connaît et c’est la première fois qu’il montait sur scène ! Il n’a forcément pas l’oreille musicale : c’est un écrivain. Mais j’ai été surpris par son énergie sur scène. J’ai adoré travailler sur ce concert.” Consécration du chemin parcouru par le artiste parisien, devenu en moins d’une décennie incontournable de l’électro française.

Des mélodies hors du temps

Retour sur son parcours : en 2009, Rone sort son premier album : “Spanish Breakfast”. Bien accueilli par la critique, le disque pose déjà les bases de la “patte” Rone : des titres instrumentaux, où la mélodie prend toute sa place : elle monte lentement, à son rythme et dévoile un univers rêveur et coloré, tantôt léger, tantôt plus sombre. Un voyage vers un ailleurs hors du temps.


2012 le fait sortir de la confidentialité. Composé lors d’un exil berlinois, son deuxième opus, “Tohu Bohu”, est l’une des révélations de l’année. Les iconiques “Bye Bye Macadam”, “Parade” ou “Tempelhof” respirent la capitale mondiale de l’électro. Les mélodies du Parisien s’écoutent autant en boîte de nuit berlinoise que dans un parc, une après-midi ensoleillée. Une mélancolie douce, parfois angoissée, traverse l’album.

Plus de collaborations

En parallèle, Rone développe les remix et les collaborations, comme une “face B” à ses titres instrumentaux. En juin 2014, sa reprise du titre “En Surface”, d’Etienne Daho, où le chanteur pose sa voix à nu, préfigure une collaboration (“Mortelle”) qui donne le ton de son troisième album : “Créatures”, sorti l’année suivante. Erwan Castex amorce un tournant : ses productions laissent plus de place aux voix, comme celles de la chanteuse Sea Oleena (“Sir Orfeo”), de Bachar Mar-Khalifé (“Calice Texas”) ou de François Marry, chanteur de Frànçois and the Atlas Mountain (“Quitter la ville”).

Son processus créatif s’affine : “J’ai compris récemment ma méthode de travail. Ça se fait vraiment en deux temps. D’abord : je m’isole. Je pars sur la route avec juste le minimum (un ordinateur et un synthé) et je compose. C’est ma phase préférée, celle où je créé la colonne vertébrale de l’album, les mélodies, détaille Rone. Et ensuite, je rentre à Montreuil dans mon studio. Je réécoute toute la matière que j’ai accumulée et c’est là où j’ai l’idée des collaborations. J’ai quelques envies au départ mais ça vient surtout en cours de production.”

“A la recherche de l’ennui”

Pour "Mirapolis", Erwan est notamment parti composer en Bretagne, à Roscoff. Comme à ses débuts, lorsque l’étudiant en cinéma qu'il était composait chez lui, entre deux cours, Rone “recherche l’ennui”. “Il faut que je parte dans des endroits vides : des petits bleds, hors saisons. Pendant deux ou trois jours je traîne, je ne fous rien, jusqu’à ce que ça me stimule. Le quatrième jour, tout sort !”

Désormais bien installé dans la scène électronique française, Rone fait presque figure, à 37 ans, de "papa" de l'électro : "[Il] a ouvert la porte à une nouvelle génération de jeunes producteurs : Fakear, Superpoze, Thylacine, Petit Biscuit", estime Alexandre Cazac, cofondateur du label InFiné dans une interview à Télérama. Moins tourné vers la pop que ses successeurs, Rone conserve une place à part, grâce son univers aérien, en constante évolution.

Un futur album "très contemporain"

Michel Gondry signe la pochette de son prochain album, dont il a inspiré le titre : “Mirapolis”. On y découvre une ville rétro-futuriste, des colorations qu'on retrouvera dans un morceau éponyme. Pourtant, ce nouvel opus s'annonce “très contemporain”, selon le producteur : “C’est une première. J’ai l’impression qu’il n'y a pas de projection dans le futur, ni dans le passé. C’est ce qu’apportent les nombreux invités : l’un d’eux a balancé un morceau en studio, quasiment en freestyle, le jour où Trump a été élu et ça se sent dans le texte.”

Rone en dévoilera une partie à Rock en Seine (Scène Cascade en clôture du festival dimanche 27 août) dans un live inédit en France : “Ce sera une date d’expérimentation, comme un laboratoire où je vais tester des nouveaux morceaux… J’ai voulu le faire seul, sans guests, pour essayer de nouvelles choses. C’est très excitant !”

Rone sort son album "Mirapolis" (Infiné) le 3 novembre et il est en concert le 2 novembre au Pitchfork Festival parisien (Grande Halle de La Villette).

Par Elise Koutnouyan

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