Christopher Raeburn dans les backstages de son défilé en janvier 2018
Christopher Raeburn dans les backstages de son défilé en janvier 2018 © Ik Aldama

"Reconstruire, recycler ou réduire le gaspillage", crédo de Christopher Raeburn

Mis à jour le 19/04/2018 à 13H29, publié le 13/04/2018 à 13H55

Christopher Raeburn transforme les parachutes en robes, les couvertures militaires en parkas : entre les mains du designer britannique de 35 ans, tissus oubliés et matières improbables retrouvent un second souffle... et les podiums de la Fashion Week.

"Nous vivons des temps difficiles, politiquement et socialement parlant", souligne-t-il en citant notamment l'"incertitude" du Brexit. "Mais si vous essayez de faire le bien, d'être optimiste, alors de bonnes choses se produisent". 

Présent sur la scène londonienne depuis une dizaine d'années, ce diplômé du Royal College of Art s'est distingué au sein de la nouvelle garde britannique grâce à un streetwear vitaminé, moderne et écolo. La marque Christopher Raeburn, résume-t-il "ne fait que trois choses : reconstruire, recycler ou réduire (le gaspillage)". 

Christopher Raeburn printemps-été 2018

Le créateur a installé son atelier dans les ex-locaux de Burberry au milieu d'un ancien quartier industriel de l'est londonien. Cet open-space confortable et lumineux est peuplé de machines à coudre, de tables à repasser, de bobines de fils et rouleaux de tissus. Ce jour-là, une poignée de couturières y confectionnent des animaux en tissu, une spécialité du styliste.

"Refaire" en insufflant une nouvelle vie à des vêtements ou objets abandonnés.

A l'abri dans de grandes armoires blanches sont conservées des pièces des collections passées, comme cette veste militaire "déconstruite et retravaillée" provenant d'un uniforme de garde du palais de Buckingham. Car plutôt que de contribuer à cet "incommensurable gaspillage" des matières qu'il dénonce, Christopher Raeburn préfère "refaire" en insufflant une nouvelle vie à des vêtements ou objets abandonnés. "On ne peut pas continuer à consommer comme nous le faisons", juge-t-il : les designers ont le devoir de proposer de "meilleurs choix" aux consommateurs.

L'art écolo du styliste Christopher Raeburn

Ses matières premières, il les trouve en chinant, en explorant le web, en important de l'étranger, en fouinant dans les surplus militaires mais aussi en activant des filières dont il garde jalousement le "secret". "On me demande souvent si je ne crains pas d'être un jour à court (de matériaux). Mais il y a tellement de choses disponibles que c'en est effrayant", souligne le créateur. Un exemple ? Les combinaisons de survie utilisées pour sa dernière collection, présentée en janvier 2018 à la Fashion Week de Londres : "Il y en a des milliers qui prennent la poussière sur des étagères et finissent à la poubelle", dit-il. Ou encore ce radeau de survie d'une demi-tonne, transformé en manteaux, sacs et blousons.

Ouvrant un tiroir, Christopher Raeburn sort un fin carré de tissu clair soigneusement plié : "C'est une carte en soie des années 50", conçue pour les pilotes de la Royal Air Force, explique-t-il. "Elles étaient imprimées sur de la soie, plutôt que sur du papier, qui s'abîme facilement". Un demi-siècle et quelques coups de ciseaux plus tard, Christopher Raeburn en a fait des robes chemise, des anoraks, des T-shirts et des pantalons sarouel. (NDLR : pendant la seconde mondiale, l’armée anglaise créa le MI 9, une organisation chargée de donner aux pilotes des moyens de s’évader. Christopher Clayton Hutton, pilote de la RAF, développa ainsi le foulard d’évasion).

Soucieux du monde qu'il laissera aux prochaines générations

Cet art de travailler la matière, le créateur le tient de son enfance passée "au milieu de nulle part" dans le sud-est de l'Angleterre, non loin du lieu qui inspira la "Forêt des rêves bleus", le pays de Winnie l'ourson. "Pendant la semaine, mon père (...) nous demandait de faire des plans d'un objet, un robot, une cabane, que nous construisions ensuite le week-end". 

Convaincu qu'il faut "mettre en pratique ce que l'on prêche", le créateur se rend au travail en vélo mais refuse d'endosser la cape de "militant" écologiste. "Je me considère plutôt comme un entrepreneur pragmatique", soucieux du monde qu'il laissera aux prochaines générations, dit-il. Certes, reconnaît-il, ce fonctionnement ne va pas sans quelques complications pécuniaires : la vertu écologique a un coût. "Chaque jour est un défi", souligne-t-il. "Mais c'est ce qui rend la vie intéressante".

Par Culturebox (avec AFP)

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