Yves Ravey, "Trois jours chez ma tante" (Editions de Minuit)
Yves Ravey, "Trois jours chez ma tante" (Editions de Minuit) © Laurence Houot / Culturebox, d'après une photo de R Allard

"Trois jours chez ma tante" : 5 questions à Yves Ravey

Mis à jour le 29/09/2017 à 12H22, publié le 11/09/2017 à 11H30

Yves Ravey publie "Trois jours chez ma tante'" (Editions de Minuit), un roman qui figure dans la première sélection du Goncourt 2017, et avec lequel il peaufine à l'extrême son style, très personnel, qu'il travaille depuis près de 30 ans. "Je n'ai jamais rien écrit de plus évident, à mes yeux", dit il. Interview.

1
Quel est le sujet de votre roman ?
C’est très simple, c’est l’histoire d’un homme qui revient au pays après vingt années d’absence. Il est convoqué par sa tante, une vieille dame richissime, qui va le déshériter.

Le sujet, c’est la relation affective entre une tante et son neveu, c’est aussi le rapport à l’argent et à la famille.
2
Comment est né le livre ?
C’est peut-être le sujet le plus intéressant.

En fait, je me demande encore si ce n’est pas en pensée — séparément de l’écrit — que se fabrique le livre. Dans la tête. Le livre à venir est alors l’objet d’un faisceau d’intentions, dictées au jour le jour, dans une sorte de maelström, ou de brouillon, pourquoi pas, durant une période où tout est acceptable, tout paraît intéressant. C’est seulement plus tard, en cours de travail, dans la seconde phase, que l’on s’aperçoit de la fragilité de certaines données. Qu’on éliminera.Prenons un exemple : dans ce roman-ci, il a été question, au départ, d’un acte de terreur, d’une fuite dans un pays étranger, et d’une tante très âgée. Le propos était de relier tout ça.

Et si je poursuis cet exemple très concret, je dois dire que cette période de mise en place fut celle des attentats de novembre 2015. Alors, j’ai cessé d’écrire. J’ai de ce fait supprimé cette idée de la terreur, car tout cela me paraissait trop difficile à supporter. Je n’avais pas les moyens de relater des attentats si récents, comportant une telle dose de douleur.

J’ai donc abandonné cette piste et je me suis concentré sur une affaire d’escroquerie à l’écriture. Et là, je me suis senti pénétrer un tissu très riche et très épais, dans lequel je pouvais évoluer.
3
Comment avez-vous travaillé sur "Trois jours chez ma tante" ?
Ma décision a été prise très vite de modifier ma démarche habituelle d’écriture, sachant que je me déplaçais dans une certaine obscurité.

J’ai donc décidé de me battre sur un deuxième front : mettre en cause l’idée d’une intrigue seule.  C’est venu au jour le jour. Il m’est apparu en milieu de parcours que je devais trouver un second souffle, alors que je pensais l’histoire à terme. J’ai donc coupé toute relation avec le roman pendant un mois, et je me suis imposé de le poursuivre après cette pause, en forçant le texte à produire un élément susceptible de relancer l’action.

Quand cet élément s’est manifesté, j’ai pu écrire la deuxième partie du roman : l’apparition de l’ex-femme du narrateur et l’évocation de sa fille, le tout combiné avec cette histoire d’héritage.
4
Pourquoi ce titre, comment l'avez-vous choisi ?
Il a surgi comme une évidence. En fait, ce narrateur, passe trois journées auprès de sa tante. Quoi de plus évident… ? Si on me demandait : ça raconte quoi votre histoire ? Je répondrais comme ci-dessus : c’est un type qui passe trois jours chez sa tante. Voilà ! Rien de plus simple. D’ailleurs je n’ai jamais rien écrit de plus évident, à mes yeux.
5
Que diriez en quelques mots pour donner envie au lecteur de lire votre livre ?
Lire la 4ème de couverture en librairie. Lire un de mes romans précédents, comme “Un notaire peu ordinaire” ou “La fille de mon meilleur ami.”

Voilà, c’est comme ça.

"Trois jours chez ma tante", d'Yves Ravey
(Edtions de Minuit - 187 pages - 15 €)

Yves Ravey - Bio

Le romancier Yves Ravey publie "Trois jours chez ma tante" (Editions de Minuit) © Patrice Normand / Editions de Minuit Le romancier Yves Ravey publie "Trois jours chez ma tante" (Editions de Minuit) © Patrice Normand / Editions de Minuit

Yves Ravey est né à Besançon en 1953. Il a publié son premier roman en 1989 "La Table des singes" (Gallimard). Depuis, il a publié 16 romans aux éditions de Minuit, dont "Un notaire peu ordinaire" (2013), "La fille de mon meilleur ami" (2014), et "Sans état d'âme" (2015). "Trois jours chez ma tante" est son 18e roman. Yves Ravey a également écrit pour le théâtre, notamment "Monparnasse reçoit", (Éditions de minuit 1997), "La Concession Pilgrim" (Editions de Minuit, 2000).

 

Par Laurence Houot

@LaurenceHouot

Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox

Aimez notre page Facebook
pour suivre toute
l'actualité culturelle