Yohanne Lamoulère: faux bourgs

Mis à jour le 04/12/2018 à 18H00, publié le 04/12/2018 à 12H00

Après dix années passées à observer et à photographier Marseille et ses habitants, elle publie sa première monographie. Un livre qui se dévore comme un conte, prenant d'abord racine sur les bords de la Méditerranée pour peu à peu nous plonger dans l'intimité des quartiers nord, et finalement en sortir, pour retrouver la mer. Pour Des mots de minuit, elle revient sur une des images de ce livre.

Comme très souvent avec la photographe Yohanne Lamoulère, c'est à Marseille que la scène se déroule. Une scène, a priori banale, de deux jeunes garçons assis sur des blocs de ciment au cœur d'un quartier populaire. Une scène muette donc, mais qui en dit long sur les politiques d'empêchement et le rôle de l'urbanisme dans les processus de contrôle et d'invisibilisation des populations jugées "indésirables" dans une ville en pleine mutation.
Comment grandir dans une ville comme Marseille? Quelle liberté la ville nous laisse pour évoluer dans l'espace public? Quelle place laisse-t-on aujourd'hui, au sein de la ville, aux classes les moins aisées de la population, entassées, comme c'est le cas ici dans le quartier de la Maurelette, un quartier totalement invisibilisé ? C'est toutes ces questions que la photographe pose de front avec cette image. Car si Marseille est une ville unique, il est évident qu'elle n'échappe en rien à cette tendance Européenne – voire mondiale –, à ce désir frénétique de nos politiques, de voir les villes se transformer en parcs thématiques, en charmants décors amorphes, capables d'attirer en masse touristes et grandes entreprises, au détriment, une fois encore, des habitants et en particulier ceux des classes populaires.

Yohanne Lamoulère est née en 1980, pas très loin de la Méditerranée. Elle obtient son bac aux Comores, prépare une licence d’histoire de l’art à Montpellier, puis est diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2004, et s’installe finalement à Marseille. En 2006, elle publie son premier ouvrage, La Roue, avec Patrick Herman, aux éditions Khiasma. Depuis, elle n'a cessé de travailler pour la presse (Courrier International, Libération, M le Monde, La Vie, Les Inrockuptibles, CQFD, Hommes & Migration, etc...) et a exposé ses travaux dans des lieux comme la Scène nationale du Merlan à Marseille, des festivals comme Visa Pour l'Image à Perpignan ou encore ImageSingulières à Sète, dirigé par celui qu'elle considère comme l'un de ses pères, Gilles Favier. En 2017, elle fait partie des quinze photographes sélectionnés pour répondre à la commande publique adressée par le CNAP et le Ministère de la culture, prenant pour thème "La Jeunesse en France". 
Elle a récemment intégré le collectif de photographes Tendance Floue et vient de publier le livre "faux bourgs" aux éditions le Bec en l'air. 


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Par Adrien Pontet

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