"Et la mariée ferma la porte", de Ronit Matalon: mariage ou pas?

Mis à jour le 04/01/2019 à 16H02, publié le 30/12/2018 à 12H00

Grande figure des lettres israéliennes née dans une famille juive égyptienne, la romancière disparue en 2017 signe un faux vaudeville hautement réjouissant mais pas que.

Ce pourrait être du Feydeau. 
Trois personnages pétris d’angoisse attendent face à une porte obstinément close. La mère, la grand-mère et le futur marié dont la noce doit être célébrée dans la journée. 500 personnes ont été conviées. Nous sommes dans la banlieue de Tel-Aviv. De l’autre côté de la porte, la mariée, qui s’est enfermée depuis plus de cinq heures, n’a eu pour toute explication que ces mots: "Pas de mariage. Pas de mariage. Pas de mariage". L’annonce fait l’effet d’une bombe. On ne touche pas impunément à l’institution du mariage. La sidération fera place à la colère, à la tristesse, à la révolte, à l’incompréhension, parfois même à l’acceptation. Cela ira du "Ouvre, Margui, ouvre! Tu m’entends? Ouvre immédiatement ou tu auras affaire à moi! Affaire à moi tu comprends? Tu as perdu la tête ou quoi? Qu’est ce qu’on va dire aux gens?" de la mère, au "Il y en a qui n’ont pas envie de se marier, ça existe. Il me semble d’ailleurs que moi non plus, je n’avais pas envie de me marier" du beau-père en passant par les commentaires à côté de la plaque de la grand-mère atteinte d’Alzheimer. 

Vaudeville

Rien de tel qu’un silence obstiné et une porte fermée pour délier les langues. Chacun des protagonistes interprètera donc le geste symbolique de la future-mariée -qui-avait-décidée-de-ne-plus-se-marier- à l’aune de sa propre histoire. Y compris le fiancé, touchant d’abnégation et de sincérité, qui à l’issue de cette journée fatale finira pourtant par se sentir presque soulagé: "Depuis toujours, en fait quelque chose se dressait entre lui et Margui, entre lui et lui-même au sujet de sa relation avec elle, oui, depuis le début il y avait eu en fait ce décalage". Ou la mère dont on apprendra qu’elle persiste à acheter des sucreries à sa première fille pourtant mystérieusement disparue depuis longtemps. 
Vaudeville à l’humour aussi féroce qu’irrésistible, la novella de Ronit Matalon n’épargne personne. Ni la famille, territoire de prédilection de la romancière, ni la société israélienne dont elle pointe un à un les dysfonctionnements.
Un petit bijou.

© Actes Sud © Actes Sud

Actes Sud - 144 pages
(photo d'illustration de l'article: © Iris-Nesher)

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Par Alexandra Lemasson

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