Guillaume Gouix et Noémie Merlant dans "Les Drapeaux de papier" de Nathan Ambrosioni
Guillaume Gouix et Noémie Merlant dans "Les Drapeaux de papier" de Nathan Ambrosioni © Sensito Films

"Les Drapeaux de papier" : la très grande réussite d’un réalisateur de 18 ans

Mis à jour le 11/02/2019 à 21H22, publié le 11/02/2019 à 17H36

Après "Hostile" projeté au festival du film fantastique de Gérardmer en 2014, diffusé en e.cinéma, Nathan Ambrosioni voit son premier film distribué en salles avec "Les Drapeaux de papier". Sensibilisé au cinéma par le fantastique, ce cinéaste de 18 ans (!) filme son deuxième long métrage, dans un registre très différent : un drame social d’une maîtrise étonnante, dont il signe aussi le scénario

la note culturebox

4
4/5


Talent précoce

A 24 ans, Charlie (Noémie Merlant) voit débarquer chez elle son frère Vincent (Guillaume Gouix) qu’elle n’a pas vu depuis 12 ans. Il sort tout juste de prison après une longue peine pour violence ayant entraîné la mort. Bien accueilli, Vincent est ce que l’on nomme un "libéré sec", c’est-à-dire sans accompagnement, ni plan de réinsertion. Totalement déconnecté de la société, il cherche du travail, mais est confronté à des situations qu’il ne maîtrise pas. Sa violence va remonter à la surface, contre ses employeurs, sa famille, contre lui-même…

"Les Drapeaux de papier" : la bande annonce

Nathan Ambrosioni a écrit le scénario des "Drapeaux de papier" à 16 ans et le réalise deux ans plus tard. Il est un cas dans le paysage du cinéma français, tant la qualité de son script impressionne au regard de sa jeunesse, maturité confirmée dans sa réalisation et sa direction d’acteurs. Ce jeune cinéphile attiré par le cinéma de genre (le fantastique dans lequel il œuvra avec "Hostile"), prend cette fois le contre-pied total. Il ancre son film dans une réalité sociale et psychologique qui prend aux tripes le spectateur. Sa mise en scène, des plus réalistes, évite le naturalisme pesant et tout pathos.

Film bressonien

La cohérence entre le fond et la forme des "Drapeaux de papier" capte l’attention dès les premières minutes. L’interprétation sans faille des jeunes acteurs y participe pour beaucoup. Tout en sobriété et retenu, les "Drapeaux de papier" fait penser à Robert Bresson, notamment dans  son dernier film "L’Argent" (1982) où il était déjà question d’un jeune homme de bonne volonté entraîné dans une spirale infernale qui le pousse à commettre un acte fatal.

Noémie Merlant et Guillaume Gouix dans "Les Drpaeaux depapier" de Nathan Ambrosioni    © Sensito Films Noémie Merlant et Guillaume Gouix dans "Les Drpaeaux depapier" de Nathan Ambrosioni    © Sensito Films

Très attentif à son intrigue, au rythme de son développement subtil, empathique envers ses personnages, avec une mise en images exigeante, "Les Drapeaux de papier" est une magnifique réussite. Guillaume Gouix ("Gaspard va au mariage") transmet tout le malaise du personnage de Vincent, dont la violence rentrée peut exploser à tout moment, comme une bombe à retardement. Ce grand film témoigne de la confiance que l'on peut avoir dans un cinéma français renouvelé, grâce à Nathan Ambrosioni, jeune réalisateur habité, scénariste et réalisateur très prometteur.

"Les Drapeaux de papier" : l'affiche © Sensito Films "Les Drapeaux de papier" : l'affiche © Sensito Films

LA FICHE

Drame de Nathan Ambrosioni
Pays : France
Avec :  Noémie Merlant, Guillaume Gouix, Sébastien Houbani, Jérôme Kircher, Alysson paradis, Anne Loiret, Lucas Rastoll
Durée : 1h42
Sortie : 13 février 2019

Synopsis : Charlie, bientôt 24 ans, mène une vie sans excès : elle se rêve artiste et peine à joindre les deux bouts. Quand son frère vient la retrouver après douze ans d’absence, sa vie est bousculée. Vincent a 30 ans et sort tout juste de prison où il a purgé une longue peine. Il a tout à apprendre dans un monde qu’il ne connait plus. Charlie est prête à l’aider. C’est son frère après tout, son frère dont la colère peut devenir incontrôlable et tout détruire malgré lui.

Par Jacky Bornet

@Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox

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