Leïla Bekthi et Fabrice Luchini dans "Un homme pressé"
Leïla Bekthi et Fabrice Luchini dans "Un homme pressé" © Gaumont Distribution

Fabrice Luchini dans "Un homme pressé" : revivre après un AVC

Mis à jour le 07/11/2018 à 11H08, publié le 04/11/2018 à 9H18

Hervé Mimran s’est inspiré du livre de l’ancien patron du CAC 40 Christian Streiff, fauché par un AVC en pleine réussite professionnelle. C’est Fabrice Luchini qui campe ce chef d’entreprise, homme pressé qui ne parvient pas à se relever aussi vite que le réclame un système impitoyable.

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Lorsqu’il attaque sa journée de travail du 22 mai 2008, Christian Streiff est encore l’un des plus grands patrons français, aussi admiré que redouté. Entre deux réunions, le dirigeant de Peugeot et Citroën, épuisé, s’accorde une petite sieste. Elle va s’éterniser. Ce n’est pas la première alerte. Simple malaise, croit-il. C’est un AVC. La pression qu’il s’impose depuis si longtemps a bien failli lui être fatale.

En sortant de l’hôpital, il espère encore reprendre les commandes de l’empire industriel. Sans se rendre compte que les mots jouent à cache-cache dans sa bouche, que ce qu’il prononce n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’il pense dire. Même s'il va mettre du temps à en accepter l'idée, l’homme pressé est à terre, trahi par son corps.

Reportage : P. Deschamps / C. Vignal / F. Bazille / M. Cargnino / B. de Saint-Jorre


Le PDG et son imagier

A 53 ans, l’ancien boss de Saint-Gobain et d’Airbus va devoir tout réapprendre. Finir une phrase, c’est une victoire. Se souvenir de ce qui s’est produit la veille ou l’avant-veille, un triomphe. Il se promène avec un imagier, comme un écolier. Au bout de deux mois d’efforts infinis, il parvient pourtant à reprendre le boulot, mais il ne fera pas longtemps illusion. Au Salon de l’auto de Paris, rendez-vous capital s'il en est pour l'industriel, le murmure s'amplifie sur son passage. Il dit bonjour au lieu d’au-revoir, s’embrouille dans ses fiches. La patience des actionnaires atteint ses limites, au diable les sentiments, il faut un dirigeant au mieux de sa forme. Streiff est poussé vers la porte sans ménagement par la famille Peugeot.
               
Cette histoire bouleversante, la chute mais aussi la reconstruction d’un homme, a largement inspiré Hervé Mimran pour son "Homme pressé", dont il a délibérément "noirci" la personnalité, faisant de Fabrice Luchini un patron hautain et parfaitement antipathique... avant de redécouvrir des relations humaines plus normales une fois tombé de l’armoire.

Tragique, le mélange des mots prononcés par un Luchini très impliqué fait aussi parfois sourire, source de quiproquos. Le grand patron minimise, ne saisit pas lui-même la gravité de la situation et tente de donner le change. A son côté, Leïla Bekhti incarne l’orthophoniste qui va batailler avec son sale caractère et parvenir à lui faire prendre conscience des enjeux avant de l’aider à refaire, centimètre par centimètre, le chemin vers une vie "normale".

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Autour de ce duo efficace, le film impose sa leçon de vie. Face à la folie d’un monde qui galope sans but réel, prêt à piétiner tous ceux qui manifestent des signes de faiblesse, il milite efficacement pour le retour à l’humilité et la nécessité de donner aux proches toute l'attention qu'ils méritent.

LA FICHE

Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Hervé Mimran  
Pays : France
Acteurs : Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder et Igor Gotesman 
Durée : 1h40
Sortie : 7 novembre 2018

Synopsis : Alain est un homme d’affaire respecté et un orateur brillant. Il court après le temps. Dans sa vie, il n’y a aucune place pour les loisirs ou la famille. Un jour, il est victime d’un accident cérébral qui le stoppe dans sa course et entraîne chez lui de profonds troubles de la parole et de la mémoire. Sa rééducation est prise en charge par Jeanne, une jeune orthophoniste. À force de travail et de patience, Jeanne et Alain vont apprendre à se connaître et chacun, à sa manière, va enfin tenter de se reconstruire et prendre le temps de vivre.

Par Pierre-Yves Grenu

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