"Les Arts Oseurs" présentent "Les Tondues" à Châlon-sur-Saöne en juillet 2017
"Les Arts Oseurs" présentent "Les Tondues" à Châlon-sur-Saöne en juillet 2017 © Jean-Luc PETIT/SIPA

Le théâtre de rue ravive le drame des femmes tondues de la Libération

Mis à jour le 05/09/2017 à 17H07, publié le 05/09/2017 à 16H57

La compagnie "Les Arts Oseurs" s'attaque à un épisode peu glorieux de l'Histoire du XXe siècle. "Les tondues" s'inspire du drame des femmes coupables de collaboration ou d'avoir entretenu des relations intimes avec l'occupant allemand. Un thème parfait pour le théâtre de rue. Ces femmes, sur la famille desquelles l'opprobre pèse encore souvent, avaient été humiliées en pleine rue par la foule.

Les images d'époque font froid dans le dos. Des jeunes femmes, parfois un peu moins jeunes, frappées, couvertes de crachats, qu'on promène dans les rues des villes et des villages et qu'on passe à la tondeuse, ne laissant parfois sur la tête qu'un peu de cheveux dessinant une croix gammée. Elles sont entrées dans l'Histoire du XXe siècle et de la seconde guerre mondiale sous le nom des "tondues". Un qualificatif humiliant qui donne son nom à la pièce de théâtre de rue proposée par la compagnie "Les Arts Oseurs".

Reportage : France 3 Bretagne C. Louet / G. Queffelec / T. Descamps

Le calvaire de ces femmes ne s'est pas toujours limité à la tonte et à l'humiliation. Certaines d'entre elles, outre les coups infligés par la populace, furent tuées par la foule sans nom et sans visage. Un tel épisode, tragique et pitoyable, est rapporté dans le très émouvant livre de mémoire de Michel Audiard, "La nuit, le jour et toutes les autres nuits" (Editions Denoël puis Pocket).

20 000 femmes jetées en pâture

Si certaines des femmes publiquement humiliées avaient effectivement fréquenté les forces d'occupation dans un but intéressé et avec une véritable volonté de collaboration, d'autres n'avaient fait que répondre à des sentiments amoureux mais certes malencontreux. Victimes expiatoires sans défense et faciles à trouver, elles durent subir la vindicte d'une population qui trouvait là un exutoire à quatre années de frustrations, de privations et de souffrances. Parmi les 20 000 femmes ainsi jetées en pâture, on comptait ainsi de vraies collaborationnistes, mais aussi du personnel de maison, par exemple, domestiques ayant continué de pratiquer leur métier en étant employées par l'occupant. Des prostituées ont été également punies alors qu'elles aussi ne faisaient que pratiquer un métier qui ne permet pas souvent d'opérer un choix parmi sa clientèle.

Femmes tondues à la Libération de Paris le 25 août 1944 © LIDO/SIPA Femmes tondues à la Libération de Paris le 25 août 1944 © LIDO/SIPA

Les "francs tondeurs" comme on a appelé les justiciers de la rue étaient souvent des résistants de la 25e heure exprimant leur opposition au IIIe Reich une fois les soldats d'Hitler en déroute. Beaucoup des femmes désignées à la vengeance populaire l'ont été sans raison ou pour régler d'anciens comptes et ont été tondues pour des fautes qu'elles n'avaient pas commises. Pendant de longues années dans les villages et les quartiers, les femmes victimes de cette justice expéditive ont gardé après guerre le surnom de "la tondue". Une opprobre dont ont longtemps souffert les familles des "tondues". 

Il faut remarquer qu'en de remarquables exceptions, des femmes, ainsi que leurs enfants nés d'une liaison avec un militaire allemand, ont été protégées par leur village. C'est le cas de la mère d'un célèbre chanteur français. Elle et son fils ont bénéficié du silence et de la bienveillance de leurs voisins.

Prochaine représentation le samedi 30 septembre 2017 à 17h00  dans les rues d'Encausse-les-Thermes en Haute-Garonne.

Par Jean-Francois Lixon

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