Lina El Arabi ("Mon Ange) création Avignon 2017
Lina El Arabi ("Mon Ange) création Avignon 2017 © Le Chêne noir

"Mon ange" : monologue flamboyant sur la guerre en Syrie à Avignon

Mis à jour le 16/07/2017 à 3H28, publié le 15/07/2017 à 10H34

Inspiré de l’histoire vraie d’une jeune kurde de 19 ans prise dans la guerre civile en Irak, devenue une icône de la résistance contre Daech, "Mon ange" adapte la pièce d’Henry Taylor "Angel". Transposé sous la forme d’un monologue poignant, elle est tenue à bout de bras par une impressionnante Lina El Arabi (vue au cinéma dans "Noce") dans une mise en scène remarquable de Jérémie Lippmann.

la note culturebox

4
4/5


Noir, c’est noir

A Avignon, peut-être plus qu’à Cannes pour le cinéma, l’actualité immédiate semble imprégner encore d’avantage les œuvres données à voir. Création de ce 71e Festival d’Avignon Off, "Mon ange", donné au beau théâtre du Chêne noir, revient sur cette figure devenue mythique dans son pays et à l’international, "Rehana", rebaptisée "L’Ange de Kobané". Suite à une photo de cette jeune femme publiée en 2014 sur les réseaux sociaux et à sa prétendue décapitation par les djihadistes, photo à l’appui, elle est devenue LA martyre de la résistance kurde. On lui prête une centaine de victimes du côté de Daech. Tout cela n’est nullement confirmé. Mais comme le dit l’adage, entre la réalité et la légende, je choisis la légende.

Rehana, l'Ange de Kobané (2014) © Facebook, capture d'écran Rehana, l'Ange de Kobané (2014) © Facebook, capture d'écran

Elle est sublimée dans la très belle adaptation de la pièce d’Henry Taylor "Angel" par Jérémie Lippmann. Dans la salle où le noir total est fait, résonne la voix assurée de Lina El Arabi. Elle interprète Rehana qui se décrit comme fille de fermier, tout juste reçue à la faculté de Droit. Son père est opposé à son départ pour la ville et lui destine l’exploitation du verger dont il a été lui-même héritier de son père qui le tenait de son père… Il lui apprendra le maniement des armes. Quand les forces de Daech débarquent dans son village, c’est la panique : il faut fuir. Commence alors un long et douloureux périple, dans une nature hostile, dans les geôles de Daech, puis aux côtés de la Résistance kurde.

Décor de lumière

Le prologue ténébreux s’éclaircie comme une aube et laisse apparaître la silhouette hiératique de Rehana, telle une cariatide de noir vêtue. Le bruissement de la nature environnante se fait entendre sous une tonnelle, évocation du verger, qui remplit tout l’espace scénique. Lina El Arabi fait preuve d’une gamme de tonalités de voix étonnante, en imitant les voix de sa mère, de son père, qu’elle ne cessera d’évoquer dans son périple.

Lina El Arabi, photo promotionnelle pour "Mon Ange" de henry Taylor, mis en scène par Jérémie Lippmann (2017) © Théâtre du Chène noir Lina El Arabi, photo promotionnelle pour "Mon Ange" de henry Taylor, mis en scène par Jérémie Lippmann (2017) © Théâtre du Chène noir

Le décor très ouvragé de Jacques Gabel, magnifié par la lumière dorée de Joël Hourbeigt, ne cesse d’évoluer sous nos yeux au fil de l’histoire. Soudainement les coups de feu crépitent, suivis d’explosions assourdissantes. C’est la fuite, puis l’exode solitaire, l’emprisonnement, la fascination des hommes pour sa resplendissante beauté qui la met en danger. Sous la lumière changeante, la tonnelle devient une grotte, où Rihana est prisonnière. Une fois évadée, une très belle toile peinte, devancé d’une petite dune, suffisent à évoquer le désert. Rihana a rejoint la Résistance et s’empare d’armes dignes d’un blockbuster américain pour partir au combat.

"Mon Ange"/"Angel" est le troisième volet de la trilogie "Arabian Nightmares" d’Henry Taylor, consacrée aux guerres au Proche-Orient, à la torture, au terrorisme et à la condition féminine dans la région. Le texte puissant, l’incroyable performance de Lina El Arabi, portée, transportée par son rôle, la splendeur du dispositif scénique, l’actualité du sujet, font de l’adaptation de Jérémie Lippmann un grand moment de ce 51e Off.

Par Jacky Bornet

@Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox

Infos pratiques

Mon Ange Théâtre du Chêne noir 8 bis, Rue Ste Catherine, 84000 Avignon 7 - 30 juillet 2017 14h30 De 22 Euros à 15 Euros (placé) Théâtre du Chêne noir

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