Michel Boujenah au Radiant de Caluire, le 11 mars 2015

Michel Boujenah : "On lutte contre l'obscurantisme par la lumière"

Mis à jour le 14/03/2015 à 9H40, publié le 12/03/2015 à 18H04

Culturebox a rencontré Michel Boujenah qui fait salle comble au long de la tournée de son spectacle actuel. "Ma vie rêvée" s'inscrit dans la ligne de ses autres créations depuis "Albert" en 1980. On y croise les mêmes personnages truculents à qui il prête les facettes de sa propre personnalité. L'humoriste évoque aussi l'actualité et réaffirme son attachement à la démocratie et à la France.

Si l'expression n'avait pas été utilisée par Guy Bedos qui en a fait le titre d'un de ses livres, "Inconsolable et gai" se serait merveilleusement appliquée à Michel Boujenah. Ses spectacles, et "Ma vie rêvée" présenté en tournée en ce début 2015 ne fait pas exception, ont toujours balancé entre le rire franc, le sourire complice et une émotion nostalgique.

© Jean-François Lixon © Jean-François Lixon

Le rire et la lucidité

Pour ce qui est du rire, Michel Boujenah convoque toujours ses personnages fétiches, comme autant d'avatars de lui-même et de ses proches, la famille Boutboul pour commencer, et "Les Magnifiques", ces oncles juifs tunisiens, Guigui, Maxo chez qui il n'est pas interdit de reconnaître "Les Valeureux" d'Albert Cohen, l'une de ses inspirations. Le public rit beaucoup, est pris à partie par l'artiste qui soudain quitte l'éclat de rire pour l'éclair de lucidité. Et la lucidité fait mal, quand l'enfance s'éloigne toujours plus, quand la mort est au bout, et elle l'est toujours. Il y a donc une continuité dans les spectacles écrits et interprétés en solo par Michel Boujenah. Question : Albert, son personnage de 1980, a-t-il grandi ou a-t-il vieilli ? La réponse de Michel Boujenah en video:

Trente-cinq ans de carrière

Depuis 1980, Michel Boujenah est resté fidèle à lui-même, à son style, à ses lectures, à l'enfant qu'il était et à ses origines méditerranéennes. Mais en trente-cinq ans de carrière, quelle différence voit-il entre l'artiste que le public découvrait dans la peau d'Albert, le petit juif déraciné et celui qui est aujourd'hui sur la scène, interprétant "Ma vie rêvée" alors qu'à 62 ans il dit se sentir proche du bilan.

"On nous tue"

Au cours de son spectacle, Michel Boujenah évoque l'actualité de ce début d'année. Il explique qu'il ne veut pas quitter la scène car c'est le lieu où il contrôle tout. Ici, on ne meurt pas, et ils n'ont rien à craindre, ces gens que l'on tue parce qu'ils sont policiers, dessinateurs ou Juifs. L'année des débuts de Michel Boujenah, 1980, est aussi celle de l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic, elle précédait de deux ans le mitraillage du restaurant Jo Goldenberg. Il ajoute d'ailleurs sur scène qu'il aime la France et sa démocratie et qu'il n'est pas question pour lui de la quitter, allusion transparente à Benyamin Netanyaou appelant les Juifs de France à rejoindre la terre d'Israël. Question à l'humoriste qui a toujours revendiqué ses racines juives tunisiennes, est-il plus difficile d'être un humoriste juif aujourd'hui qu'il y a 35 ans ?

Son prochain film : "Le coeur en braille"

Michel Boujenah n'est pas seulement l'auteur et l'acteur de ses spectacles où il raconte sa "vie rêvée", seul sur la scène. Il est aussi comédien au cinéma, à la télévision, patron du festival de Ramatuelle et réalisateur. A ce dernier titre, il s'apprête à mettre en scène dans les prochaines semaines "Le coeur en Braille". Après "Père et fils" et "Trois amis" ce sera son troisième film. Il raconte l'histoire d'une petite fille de 12 ans qui refuse la fatalité alors qu'elle se bat contre la progression de la surdité.

"Ma vie rêvée" au Théâtre Edouard VII
De et par Michel Boujenah
 Jusqu'au 5 avril 2015, sauf dates de tournée
Les 5 et 6 juin 2015 au théâtre du Gymnase à Marseille
Les autres dates de la tournée sur cette page

© Jean-François Lixon © Jean-François Lixon

Par Jean-Francois Lixon

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