La chanteuse Oum sous le Chapiteau d'Ambronay, accompagnée de Damien Nueva, Inor Sotolongo, Camille Passéri et Yacir Rami.
La chanteuse Oum sous le Chapiteau d'Ambronay, accompagnée de Damien Nueva, Inor Sotolongo, Camille Passéri et Yacir Rami. © Bertrand Pichène - Festival d'Ambronay

Ambronay 2016 : quand les chants orientaux d’Oum s’invitent en terre baroque

Publié le 25/09/2016 à 16H44

Dans le cadre de sa programmation parallèle, le festival d’Ambronay a ouvert ses portes, ce wee-end, aux sons orientaux de l’oud, aux rythmes gnaoua et au jazz de la chanteuse Oum et de ses musiciens. Mélange de sons et d’émotions qui a conquis le public jusque tard dans la nuit de l’Abbaye.

Oum promène sa curiosité dans le parc qui jouxte l’Abbatiale d’Ambronay. La chanteuse marocaine vient de terminer les balances d’abord dans la scène dite du chapiteau, où elle se produit pour le grand concert du soir, puis dans cet autre espace du Festival, le Bar, presque immergé dans la nature environnante. Par le miracle de quelques enceintes placées ici et là, les sons de sa voix qui chante le désert marocain se sont éparpillées dans cet antre végétal le plus souvent habité par les chants baroques. Nous la rencontrons là dans cette fin d’après-midi ensoleillé, curieuse d’abord de ce lieu qui l’accueille.

"L’espace nous habite"

La présence ici d’Oum, chanteuse hors catégorie, entre jazz, rythmes gnaoua (une culture d’Afrique du Nord) et mélodies berbéro-égypto-andalouses (!) ne doit pas étonner : elle fait partie d’une programmation parallèle, souvent consacrée aux musiques du monde, au sein même du festival. Qu’importent les étiquettes ! Le lieu, lui, compte.

La chanteuse Oum sous le Chapiteau d'Ambronay, le 24 septembre 2016. © Bertrand Pichène - Festival d'Ambronay La chanteuse Oum sous le Chapiteau d'Ambronay, le 24 septembre 2016. © Bertrand Pichène - Festival d'Ambronay

"Qu’est-ce qui fait le lieu ?", s’interroge Oum : "Nous occupons des espaces pendant un temps et pendant ce temps l’espace nous habite lui aussi. L’interaction est inévitable entre les êtres vivants musiciens, les instruments et leurs vibrations, et l’âme qui habite le lieu. Il se dégage quelque chose de différent à chaque fois. C’est d’ailleurs sur cette voie que j’ai voulu inscrire mon projet, Zarabi : c’est un cheminement collectif où l’on s’accompagne, tous les cinq, la voix, l’oud, la contrebasse, les percussions et la trompette, où chacun s’exprime. Il y a une liberté qui est renouvelée à chaque instant, beaucoup d’expression libre, d’improvisation dans les solos, et cela dépend entre autres, mais en grande partie, des lieux qu’on habite pendant un moment". On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a deux jours les murs de l’Abbatiale ont hébergé les sons en partie arabo-andalous du concert de musique ibérique baroque de Leonardo Garcia Alarcon, si proche de l’oud de la chanteuse marocaine, tenu par l’excellent Yacir Rami.

21 heures : le lieu est le Chapiteau. Près d’une heure, déjà, que le public venu de la région s’installe – rarement on voit des files d’attente aussi longues pour ce type de concerts. 380 places, toutes assises, on affiche complet et on refuse. Vêtue d’une longue tunique rouge et coiffée d’un turban, Oum investit la scène progressivement, en posant, lentement ses valises de rythmes venus du désert. Et la mayonnaise est longue à prendre avec le public. Sans doute aussi un besoin d’acclimatation avant de se laisser séduire par un voyage qui mêle un jazz libre (chapeau à la trompette de Camille Passéri et aux percussions d’Inor Sottolongo), des mélodies lointaines, et des textes qu’on ne comprend pas à moins de connaître le darija, l’arabe parlé du Maroc.

"Hna", l’évasion le temps d’une chanson

Puis, en troisième titre, vient la chanson "Hna". Une chanson d’amour, explique-t-elle alors au public, qu’elle tient de sa grand-mère. Le ton d’Oum se fait de plus en plus séducteur, la contrebasse (de Damian Nueva) et l’oud esquissent une lente marche mélodique.

"Hna, c’est l’évasion possible le temps d’une chanson" nous avait-elle expliqué : "hna veut dire ici : ici, à l’intérieur de moi, ici et maintenant. Mais dans l’arabe classique ça veut dire aussi la sérénité. Au moment où notre vie ou ce qui nous entoure ne nous plaît plus, à l’intérieur de nous on a suffisamment de souvenirs sensoriels pour créer à nouveau". Sans comprendre, le public a ressenti la force de la chanson : les épaules bougent, puis la tête, enfin les mains quand le rythme s’accélère. Cette fois ça y est, Oum a conquis son monde.

La musique que propose ce soir Oum est celle d’une autodidacte : "l’école pour moi a été celle de l’oreille", explique-t-elle. "Il y a les musiques qu’on a choisies et surtout toutes celles qu’on a subies (et pas négativement), depuis notre enfance : j’ai grandi dans un pays où il les courants musicaux, rythmiques sont nombreux, ethniquement différents, des Amazighes, du Nord, du Sud, Marrakech, le chaabi, la musique andalouse écoutée dans les mariages, la musique berbère dans les épiceries. Tout ça nous imprègne et le jour où on décide de faire de la musique tout ça ressort". Et c’est ce qui touche le public. "Mes textes disent la nuit, la lune, les personnes, le désert (beaucoup), ils disent aussi l’alternative possible toujours, l’invitation à prendre possession de cette même chanson".

Et enfin, dit Oum à ceux qui désormais sont à l’écoute, il y a ce qu’on ne peut pas dire dans sa culture en paroles mais qu’on peut chanter : et c’est le désir féminin, "Jini", presque susurré par la chanteuse, et remarquablement accompagné par l’oud qui prononce ses notes comme un point d’interrogation.

Par Lorenzo Ciavarini Azzi

@Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox

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