Julien Caron (30 ans) a été nommé directeur du festival de la Chaise-Dieu en Octobre 2012
Julien Caron (30 ans) a été nommé directeur du festival de la Chaise-Dieu en Octobre 2012 © THIERRY ZOCCOLAN / AFP

INTERVIEW. Le directeur Julien Caron fait le bilan de la Chaise-Dieu 2017

Mis à jour le 01/09/2017 à 12H52, publié le 31/08/2017 à 17H54

La 51e édition du festival de musique de La Chaise-Dieu s'est clôturée le 27 août. Si la tension est retombée du côté de l'abbatiale Saint-Robert, Julien Caron, le directeur artistique, se projette déjà sur le prochain festival. Pour Culturebox, il dresse son bilan de l'édition 2017 et les premiers axes de l'édition 2018.

Le festival de la Chaise-Dieu qui vient à peine de refermer ses portes laisse, une fois encore, les habitués conquis.Tous ont salué la programmation très ouverte de cette année, avec un mélange entre les grands classiques et des compositions plus audacieuses. Les bénévoles, les organisateurs et surtout Julien Caron, le directeur artistique de l'événement savourent les bons retours de cette 51e édition. 

Reportage France 3 Auvergne G. Rivollier / E. Brot-Monnier / S. Vinot / S. Gastaud / F. Aussour / A. Despres

Julien Caron, 30 ans, le patron du festival de musique de La Chaise-Dieu goûte à peine la fin de l'événement. Une programmation dynamique, des concerts dans divers lieu de la région. Après cinq ans de direction, il a réussi à faire souffler un vent de renouveau et attirer des nouveaux publics. Et aujourd’hui, le festival se porte bien.

Culturebox : Quel est votre sentiment général sur cette 51e édition, qui était votre cinquième ?
Julien Caron : Tous les clignotants sont au vert. Il y avait un peu de peur pour cette 51e édition car on craignait un creux après la 50e édition anniversaire. Mais on a pu programmer des propositions plus audacieuses en se basant sur un public fidèle. Deuxième facteur important, nous avons pu profiter d'une météo ensoleillée. Il faut savoir que pendant le festival, nous en sommes très dépendants avec quarante événements en plein-air. Un petit signe du destin. 

Le festival eu un pic de fréquentation en 2011 avec plus de 28 000 spectateurs, avant de retomber à 20 000 en 2015 et se ressaisir en 2016 avec 25 000 spectateurs. Qu'en est-il cette année ?
Cette année 2017, nous comptons un peu plus de 21 100 spectateurs, dont 6 000 qui ont assisté aux scènes en accès libre. Mais ces chiffres sont à pondérer par rapport au nombre de concerts. En 2016, nous avons eu 35 concerts payants. En 2017, nous sommes passés à 30 concerts payants. 

Cette année, la question du renouvellement et du rajeunissement du public a pris une part importante dans la programmation. Vous évoquiez aussi l'idée de multiplier les partenariats avec les écoles des alentours. Mission accomplie ?
L'un de nos buts est de former le public de demain à ce genre musical. Nous avons pu constater la venue des familles et d'un public plus jeune lors de la soirée d'ouverture. La journée consacrée aux enfants a aussi rencontré beaucoup de succès. Ils ont pu assister à un concert commenté de l'oeuvre de Beethoven avant de rencontrer et d'échanger avec la harpiste Agnès Clément. Pour ce qui est de la question pédagogique, c'est un peu plus compliqué puisque que nous sommes un festival et les enfants sont en vacances scolaires. 

Autre cheval de bataille, le prix. Lors de votre prise de fonctions, vous assuriez arriver à une baisse de prix, ou au moins à une stagnation...
Oui, et ce n'était pas facile avec la baisse des subventions accordées aux orchestrres et ensembles que nous invitons, ce qui rend les concerts plus chers à l'achat. Cependant, en cinq ans que je suis là, la grille tarifaire est restée stable. Les moins de 28 ans ont droit à moins 50%, quel que soit leur statut. Enfin, comme nous parlions de rajeunir le public tout en restant accessible, les places pour le concert commenté de vendredi étaient à 10 € pour les moins de 18 ans et 20 € pour les adultes. 

En juin dernier lorsque que vous présentiez la 51è édition du festival de la Chaise-Dieu, vous citiez la pianiste Anne Queffelec : "La musique classique est élitiste, non pas qu'elle s'adresse à certaines parties de la population mais à la meilleure part de chacun d'entre nous". Vous souhaitez donc briser cette image ?
Pour être plus accessible, il faut évidemment déconstruire cette image élitiste que l'on accole à la musique classique. D'où nos propositions audacieuses dans la programmation. L'un des concerts les plus risqués était celui avec le pianiste Roger Muraro. Il présentait "Vingt regards sur l'enfant Jésus", une pièce où il n'y avait qu'un seul piano sur scène et qui durait deux heures ! C'est le seul concert où les spectateurs ont fini debout ! D'habitude, ils sont très policés. 

Ce n'était pas le seul concert qui sortait de l'ordinaire. Il y avait aussi la prestation de Simon Ghraichy pour la "Rhapsody in blue" de Gershwin.
-Simon Ghraichy est un grand talent qui s'amuse à mélanger les genres. Pour son concert, le constat est simple : mi-juin, il n'y avait plus une seule place de disponible. Dans un sens plus large, le projet de Simon s'inscrivait dans ce que nous avons appelé "Les Symphonies du Nouveau-Monde". Et même si la composition de Gershwin est très jazz, le public a très bien compris tout le programme, pourquoi cette partition suivait "l'Adagio pour cordes" de Samuel Barber, et pourquoi elle précédait la "Symphonie du nouveau-monde" d'Anton Dvorak.

Aujourd'hui, avez-vous déjà commencé à réfléchir à la 52e édition ?
Tout n'est pas encore fixé mais oui. Je peux d'ores et déjà vous annoncer que le festival s'entendra du 18 au 28 août 2018 et il gardera sa programmation de 30 concerts payants. Nous continuerons aussi notre retour aux grandes musiques sacrées tout en intégrant d'autres idées. On pense par exemple à quelques créations contemporaines.

Cette année La Chaise-Dieu a testé une application de personnalisation acoustique, "Augmented Acoustics" Testerez-vous des innovations techniques ?
Oui. Cette année, nous avons testé l'application "Augmented Acoustics" qui permettait à chacun de personnaliser son concert. L'application a été accueillie avec curiosité et a suscité le débat. Le festival tend à s'inscrire dans la modernité et à évoluer avec son époque. Alors nous pensons à un système de mapping, c'est à dire que les concerts seront à suivre à la fois par le son et par la vidéo où certains aspects visuels seront mis en lumière à des moments clés.

A titre personnel, que pensez-vous de toutes ces innovations techniques ? N'avez-vous pas peur que les concerts perdent leur nature, que les spectateurs n'aient plus cette expérience de conscience collective?
Ces questions sont toujours intéressantes. Pour ma part, nous concevons les concerts avec l'identité des lieux et leur architecture. On ne peut évidemment pas ignorer ces expériences numériques. Mais elles ne remplaceront jamais l'expérience collective et le face-à-face avec la scène. 

Maintenant que le festival 2017 a baissé le rideau, qu'allez-vous faire ?
Le festival ne s'arrête jamais vraiment. Nous allons mettre en place plusieurs sessions "découverte de la musique classique" sur l'année 2017 afin de préparer au mieux le public pour 2018. 


Par Adrien Pittore

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