Robert Plant, l'un des géants du rock, toujours maître du micro. Ici en juin 2015.
Robert Plant, l'un des géants du rock, toujours maître du micro. Ici en juin 2015. © Wade Payne/AP/SIPA

Robert Plant poursuit ses explorations sonores avec grâce sur "Carry Fire"

Mis à jour le 14/10/2017 à 17H37, publié le 11/10/2017 à 18H38

Après l’acclamé "Lullaby… and The Ceaseless Roar" en 2014, Robert Plant est de retour pour son 11e album solo avec le même groupe de formidables musiciens, The Sensational Space Shifters. Sur "Carry Fire", l’ancien chanteur de Led Zeppelin poursuit sa quête de nouveaux horizons sonores et alterne facettes plus intimistes et plus politiques avec un rare brio. On est sous le charme.

Robert Plant, chamane musical sans frontières

Comme peu de musiciens de sa génération, Robert Plant demeure à 69 ans un inlassable explorateur de terra incognita musicales et d’aventures sonores sans frontières. Sur "Carry Fire" il poursuit le métissage des styles dans la veine de son précédent album, mêlant merveilleusement l’oud oriental au violoncelle et aux guitares blues (Dobro, slide guitar), et les djembés et tambours amérindiens aux sonorités électroniques.

"Je respecte et savoure mes travaux passés, mais je ressens à chaque fois la nécessité de créer du neuf", explique-t-il.

Sa voix impressionne toujours

Dès le premier titre, "The May Queen", une des rares allusions au passé de cet ennemi du rétroviseur (on croisait the May Queen dans "Stairway to Heaven" de Led Zep), l'hybridation sonore, audacieuse mais parfaitement maîtrisée, ensorcelle. Elle atteint cependant son apogée sur la chanson titre "Carry Fire", où les mélopées orientales de l’oud enlacent intimement le violon dans une transe irrésistible.

Entre un "New World" qui rappelle un peu Arcade Fire, la romantique ballade "Season’s Song " et deux blues rock plus classiques ("Carving up the World" et "Bones of Saints"), Robert Plant continue de surprendre. En particulier sa voix. A distance des feulements torrides qu’il déployait chez Led Zeppelin, et dont il reste néanmoins quelques traces, son timbre est une splendeur d’expressivité dans tous les registres, de la douleur à la sérénité et du désir à la douceur de velours.

A cet égard, la pépite absolue de cet album, celle qui mérite à elle seule l’écoute, est "A Way With Words". Sur cette chanson délicate, sa voix, sertie d’un piano et de splendides arrangements de cordes, n’a jamais été aussi dépouillée et sincère. Comme sur "Carry Fire" et sur le majestueux spleen final "Heaven Sent", l’intensité est telle que l’on se pose la question : s’agit-il d’une chanson d’amour ou d’une prière mystique ?


Esprit Radiohead et politique

Autre surprise avec "Keep it Hid", une curiosité que l’on croirait échappée du dernier album de Radiohead, mêlant sonorités électroniques et guitares. Là encore la voix emporte tout. "Bluebirds Over the Mountains" sur lequel Plant partage le micro avec Chrissie Hynde des Pretenders, est un autre point fort : de cette reprise obscure d’un titre de rockabilly signé Ersel Hickey il a fait un bijou psychédélique orageux.

Si la plupart des paroles restent elliptiques et poétiques, avec des allusions aux cycles des saisons et des âges, le chanteur à la crinière de lion a rarement été aussi politique. "New World" évoque le sort des réfugiés et des migrants alors que "Bones of Saints" questionne les armes à feu, la religion et le pouvoir. Mais "Carving Up the World Again" est la plus explicite des saillies politiques : il s’agit d’un réquisitoire moqueur contre les murs, ces ouvrages mesquins et dérisoires construits depuis l’Antiquité que Trump promet à son tour d’ériger, et dont Plant reprend en boucle la phrase "A wall and not a fence" ("Un mur et pas une clôture").


Une tournée imminente

Cet album puissant et audacieux aux climats variés le prouve une fois encore : Robert Plant demeure un géant. Avec les Sensational Space Shifters, il a peut-être bien retrouvé le groupe idéal, à la hauteur de ses ambitions.

Cette formation composée des multi-instrumentistes accomplis Justin Adams (slide guitar, oud, percussions), John Baggott (claviers, Moog, boucles électroniques), Liam "Skin" Tyson (guitare, pedal steel, Dobro) et Dave Smith (djembé, tambour, bendir), est augmentée ici sur plusieurs titres du violoncelliste albanais habité Redi Hasa et du joueur de viole et de violon Seth Lakeman.

Ensemble, comme ils l’ont fait déjà durant deux ans pour défendre le précédent album "Lullaby… ", ils ont prévu d’emmener "Carry Fire" en tournée mondiale à partir du mois de novembre. Les dates seront annoncées sous peu, ne les loupez pas.

L’album "Carry Fire" de Robert Plant sort vendredi 13 octobre (Nonesuch/Warner).
A écouter en priorité : "A Way With Words", "Carry Fire", "Keep it Hid", "Bluebirds over the Mountains", "The May Queen".


Robert Plant "Carry Fire" pochette album oct 2017


Par Laure Narlian

@Nijikid

Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox

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