Fakear interview 2

Rencontre avec Fakear, jeune pousse électro, avant son concert à Rock en Seine

Publié le 26/08/2017 à 18H32

Le jeune DJ et producteur, révélation de la scène électro française des dernières années avec ses titres aux sonorités inspirées du monde entier, fait partie des têtes d'affiche de l'édition 2017 de Rock en Seine. Il joue ce samedi soir sur la scène Cascade. Rencontre dans les backstages.

Vous jouez ce samedi soir sur l'une des deux grandes scènes du festival. Qu'est-ce que vous ressentez à l'idée de faire partie des mutiples têtes d'affiche du festival ?

Théo Le Vigoureux, alias Fakear : C’est trop cool ! C’est trop d’honneur, c’est marrant, parce que je vis très à distance de toute cette agitation, je ne suis plus à Paris du tout. Quand je reviens sur des festivals, j’ai toujours la bonne surprise de voir que j’ai grimpé dans l’affiche, que mon nom est marqué en plus gros… Ce soir, ce sera surtout un super moment, chaque concert est unique, je le prendrai comme un autre. C’est ma première édition de Rock en Seine, mais j’ai déjà fait les Solidays il y a deux ans, les Vieilles Charrues deux fois… J’ai déjà un peu roulé ma bosse, en quelque sorte. C’est toujours chanmé parce que c’est une énergie un peu particulière, avec plein de gens… C’est un honneur et un défi, à chaque fois.


Vous avez grandi avec des parents qui enseignent la musique. Est-ce que ce sont eux qui ont influencé et initié votre approche ?

Oui, clairement ! J’ai appris la musique en même temps que j’ai appris à lire et écrire le français, c’était très naturel, très organique. Mes parents m’ont d’abord mis un saxo dans les mains, je devais avoir 6-7 ans, j’ai lâché ça parce que, quand j’étais au collège, c’était un peu moins à la mode, je prenais un peu cher, des vannes des copains. Je me suis mis à la basse puis à la guitare pendant une dizaine d’années, puis j’ai switché tranquillement sur de la musique électronique. C’est rigolo parce que j’ai repris la guitare très récemment, et on va la voir dans mes nouvelles compos.

Je n’ai jamais été un très bon élève, je ne suis jamais allé au conservatoire, j’ai toujours été un peu nul en solfège… C’était des choses toujours un peu trop théoriques pour moi. La musique, c’était plutôt un langage pour moi, je le parlais et je n’aimais pas qu’on me force à le parler d’une certaine manière. J’ai toujours rejeté ce qui était institutionnel, j’ai toujours voulu apprendre sur le tas. Vers 2010, j’en suis venu à apprendre ma propre musique, c’était l’occasion de créer mon propre univers.


Ces instruments multiples se ressentent dans vos créations, dont les sonorités sont riches et viennent d'un peu partout. Comment fonctionne votre processus de création ?
 

J’ai pas vraiment de recette, je pars de plein de choses. Je pars à la fois d'une image, d'un paysage, un truc que j’ai un tête ou/et une émotion. Il m’arrive des fois de me poser devant mon clavier, de taper des trucs, de voir ce qui sort, et de tout construire comme ça. Il y a une espèce d’appel de la forêt, un espèce de truc qui me dit, “il faudrait que je fasse de la musique, et je ne sais pas ce qui va sortir”, et je me pose devant mon clavier. Ca se construit petit à petit, le morceau se déroule.
 

© Olivier Flandin © Olivier Flandin


Et pourquoi ce choix de sons orientaux, africains, asiatiques ?
 

Ca vient de l’amour de ce qui n’est pas la culture occidentale et du dégoût de la culture occidentale. J’ai l’impression que, par ce qu’on apprend à l’école et de l’histoire, on se dit que c’est une culture qui a asservi d’autres peuples, qui, aujourd’hui, reste embourbée dans son capitalisme. Ce n’est pas très inspirant. C’est pour ça que j’aime fouiner dans la culture africaine, dans la culture asiatique, dans des cultures qui ont cette espèce de dimension culturelle beaucoup plus présente que chez nous.  Chez nous, j'ai l’impression que c’est une bataille pour faire vivre des choses, avoir des budgets, des subventions, il y en a de moins en moins… On s’oriente de plus en plus vers quelque chose de plus économique, de plus rentable.


C'est de là aussi que viennent vos choix de titres dédiés à des lieux partout dans le monde ?
 

Je l’ai pas vraiment décidé. C’est quelque chose qui est encore très naturel, et finalement, les titres qui évoquent les lieux précis comme "Damas" ou "Ankara", ce sont des histoires. "Damas", par exemple, c’est un vieux pote à moi dont les parents étaient en Syrie quand le conflit a éclaté et ça a été super difficile pour lui. Il m’a filé un CD de musique folklorique de là-bas, j’ai samplé plein de trucs, ce qui a donné "Damas", dont les samples sont tous issus de la musique traditionnelle syrienne.

"Ankara", c’est un morceau que j’ai fait au moment où il y a eu des attentats là-bas, c’est donc lié à une actualité forte. En général, je ne me pose pas la question de ce dont je vais parler, ça va plus être quelque chose qui vient naturellement. Je me laisse influencer par ce qui sort de mes mains, c’est très instinctif, je le regarde, je le mentalise et je me dis “qu’est-ce que cela m’évoque ?”. C’est comme ça que le titre “Morning in Japan" m’est venu.


Le titre "La Lune Rousse", sorti en 2014, est celui qui vous a révélé au grand public. Comment s'est passé la rencontre avec Deva Premal ?
 

La rencontre ne s’est pas passée du tout ! Je sais qui est Deva Premal parce que j’écoute ses CD comme musique de relaxation, mais on ne s’est jamais vus, jamais parlés… J’ai juste pris sa voix, je l’ai samplée, je l’ai découpée, mise dans ce morceau et, après, c’était une histoire de maison de disques pour les gestion des droits. J’ai pas eu de retour de sa part à elle.


A la base, c’était un “track” que j’allais mettre à la poubelle, parce qu’il ne me plaisait pas tellement, mais finalement, je l’ai mis dans mon EP “Sauvage” sorti en 2014. Plus le temps est passé, plus j’ai l’impression que c’est un track qui n’a pas perdu de sa jeunesse et de sa fraîcheur. Il résume toujours aussi bien la globalité de ce que je fais, c’est pour ça que je l’ai remis dans “Animal”, qui est sorti en 2016. Il ne fait pas tâche, il n’a pas vraiment vieilli. J’ai toujours autant de plaisir à le jouer sur scène, c’est un peu mon “Empire contre-attaque”, un truc symbolique, et aussi parce que, maintenant, je joue avec un groupe sur scène. On réadapte les choses, il y a une énergie de concert de rock, ce qui permet de ne pas se lasser des morceaux.


Vos visuels sont également assez soignés, surtout dans vos clips. Avez-vous déjà ces images en tête lors de la composition ?


Je compose avec des trucs très flous qui me sortent de la tête, du coup c’est difficile de les mettre en image de façon concrète. Je me rencarde avec un réalisateur qui a ses idées, on en discute, jusqu’à arriver à un résultat final. Les clips de “La Lune rousse” et de “Animal” ont été faits comme ça, et je les ai co-écrits. J’ai complètement écrit “Morning in Japan”, l’un de mes premiers, aussi. Ils représentent bien ce que j’ai voulu exprimer, ce truc un peu mystique, chelou, d’un autre monde bizarre, un peu fantastique, que j’adore proposer. Le clip de “Silver” était, au contraire, un peu plus éloigné, mais il est très chouette aussi. J’étais sur une période où j’étais sur d’autres choses et j’avais lâché prise sur les visuels.


Comment traduisez-vous cet esprit "mystique" sur scène ?

Je dissocie vraiment la scène de la composition en studio, parce que pour moi ça a toujours été un truc très énergique. J’ai d’abord voulu mettre l’accent sur ce côté un peu "rock’n’roll". Pour moi, monter sur scène, c’est déjà mystique en soi. Quand tu montes sur scène, que t’as déjà fait trois concerts, que t’es crevé, malade, et que vlam, d’un seul coup, tu pètes le feu, tu es capable de donner dix fois plus que ce que tu donnes en dehors de la scène, c’est un truc bizarre, magique, que je n’explique pas. En ce moment, je suis en train de travailler et d’adapter ce truc mystique un peu plus pour l’avenir et pour la scène.


Vous avez collaboré à plusieurs bandes originales de films. Est-ce que la musique de film, c'est un objectif pour vous ?
 

Ce n’est pas un objectif mais c’est plutôt cool. Ca dépend aussi du réalisateur, d’un feeling avec lui, ou avec l’équipe qui bosse. Il y a des films sur lesquels ça a été un super plaisir, ou d’autres où ça a été un peu la galère, il fallait que je retouche plein de choses, que je colle à une image… C’est d’abord une histoire de rencontres.


Fakear prévoit de sortir un EP en octobre prochain. Retrouvez-le sur la scène Cascade de Rock en Seine ce samedi soir et sur le Live de Culturebox.

Par Paméla Rougerie

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