Arsenik avec l'Orchestre National de Lyon à Jazz à Vienne 
Arsenik avec l'Orchestre National de Lyon à Jazz à Vienne  © Séquence / capture d'écran

Jazz à Vienne : MC Solaar et Arsenik font rimer rap avec symphonique

Publié le 04/07/2017 à 11H44

Deux univers très différents ont partagé la grande scène du théâtre de Vienne le temps d'un concert ce samedi soir. Mené par Issam Krimi et Dina Gilbert, le projet Hip Hop Symphonique prend le parti de voir des grands noms du rap interpréter leurs titres phares sur des instrumentales classiques. Entre reformations de groupes mythiques et nouvelle vague du rap, le public est conquis.

Jazz à Vienne est aussi l’occasion de s’ouvrir à d’autres styles de musiques. Consacrée au hip hop, la soirée de samedi  a permis de voir de grands noms du rap français interpréter leurs morceaux sur les mélodies jouées par l’orchestre national de Lyon. Le projet "Hip Hop Symphonique" est dirigé par Issam Krimi, claviériste du groupe Ice Cream. Celui qui défend "une musique au-delà des clivages stylistiques" trouve ses influences chez David Bowie, Radiohead ou encore Quincy Jones. Ce qui ne l’a pas empêché de multiplier les collaborations dans le rap. Il a pu travailler avec IAM, MC Solaar ou encore Abd Al Malik. Plus récemment, on le retrouve aux côtés de Youssoupha, Georgio ou Bigflo et Oli.

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Pour ce projet, il s’associe à Dina Gilbert, qui dirige habituellement l’Orchestre national de Montréal. Un projet complexe à mettre en œuvre, mais les musiciens de l’ONL, rompus à ce genre d’exercice ne s’alarment pas outre-mesure quelques heures avant le concert.

© Marion Tisserand © Marion Tisserand

Il était essentiel pour Issam de laisser une totale liberté dans les textes choisis. "Pas de censure, pas de consensus, le choix est varié et parfois même violent autant musicalement qu’au niveau des paroles." Le ton est donné d’entrée avec l’arrivée sur scène du groupe Ärsenik et son titre "Boxe avec les Mots". Sorti en 1998, il s’agit d’un morceau phare du rap français. Véritable exercice stylistique, c’est un échange de punchlines plus acérées les unes que les autres entre les deux frères Calbo et Lino. Un moyen à l’époque, de démontrer la supériorité du duo sur ses prétendants.

Chauffé à blanc, le public en redemande. Les micros se relèvent et les premières notes de "Regarde le monde" retentissent. Un texte dédié cette fois, aux enfants des deux rappeurs. Les lyrics sont toujours aussi puissantes mais la mélodie est groovie, les chœurs de l’ONL appuyant parfaitement les paroles. Dans la fosse, les premiers bras se lèvent et balancent en cadence.

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Le principe du Hip Hop symphonique est aussi de faire cohabiter des rappeurs venu de l’âge d'or de ce mouvement, avec la nouvelle scène. Bigflo et Oli prennent la suite sur scène. Pour les deux frères, c’est d’abord l’occasion d’ouvrir leur horizon musical à d’autres influences. Interrogés quelques jours avant Jazz à Vienne, les Toulousains se caractérisent par un rap non-violent mais tout aussi ancré dans la réalité. "Aujourd’hui" nous plonge dans le quotidien des deux jeunes rappeurs tenaillés par les doutes. Entre espoir d’un lendemain meilleur et désillusion d’hier, le morceau ne laisse pas indifférent.

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Le duo enchaine ensuite avec "Je suis" dans un étonnant dialogue avec le public.


Jazz à Vienne sera aussi marqué par deux come-backs. D’abord, le festival accueille "Les Sages  Poètes de la Rue". Après quatorze ans d’absence depuis leur dernier projet en commun, Zoxea, Melopheelo et Dany Dan remontent sur scène pour présenter "Art Contemporain". Pour Dany Dan, pas besoin de présenter à nouveau le groupe mythique.

 

Les Sages Poètes de la Rue, qu’est-ce que c’est ? C’est ce qui fait partie de la rage, même si l’orage apporte la rage. C’est Zox "psychopathe" qui devient fou sur un lyric. C’est Melopheelo, l’homme le plus smooth sur un beat. C’est Dany Dan, l’un des tout premiers à être allé vers la punchline

Dany Dan, membre des Sages Poètes de la Rue

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Une ouverture en trombe, le groupe enflamme le public. Et comme ils ont toujours été très proche du jazz, il était logique que le morceau "Showtime" et son saxop fassent leur effet sur la scène du théâtre antique de Vienne.

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Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le public à pu apprécier le retour d’un autre pionnier du rap français : MC Solaar. Ses apparitons se font rare depuis son dernier album "Chapitre 7"  sorti en juin 2007. Dans l’après-midi, il avait assisté discrètement à la conférence "Le flow dans le jazz ". Pour l'anecdote, les conférenciers l’ont souvent cité sans même se rendre compte qu’il était dans l’assistance. Plus tard dans la soirée, il réapparaissait enfin sur scène avec le titre "Caroline", provocant l’hystérie des spectateurs qui connaissaient parfaitement les paroles et les reprennaient avec lui.

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Malgré l’inversion de deux couplets sur "Caroline" qui datent 1991, MC Solaar assure le show avec un autre titre intemporel : "Nouveau Western". La clameur est telle qu’il en devient difficile d’entendre le rappeur tant ses paroles sont reprises. L’émotion est présente lorsqu’il pose son micro et conclut cette première partie de soirée. Personne ne veut voir repartir le lyriciste après tant d’années d’absence. Mais que le public se rassure, Mc Solaar travaille actuellement sur un nouvel album, dont l’un des morceaux devrait arriver cet été. "Un morceau sur lequel le temps passe." selon ses propres termes.
 

Par Adrien Pittore

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