"Un notaire peu ordinaire" (Editions de Monuit) , 12ème roman d'Yves Ravey
"Un notaire peu ordinaire" (Editions de Monuit) , 12ème roman d'Yves Ravey © Hélène Bamberger

"Un notaire peu ordinaire" : peur sur une petite ville tranquille

Mis à jour le 25/01/2013 à 15H24, publié le 24/01/2013 à 18H07

"Un notaire peu ordinaire" d'Yves Ravey met en scène un fait divers dans une tranquille petite ville de province. En une centaine de pages, ce roman angoissant insinue un souffle de terreur dont on ne se sent libéré qu'à la lecture de la dernière ligne. Un modèle du genre.

L'histoire : Freddy vient tout juste de sortir de prison. Madame Rebernak, sa cousine, est inquiète. Il avait été condamné pour le viol de Sonia, une enfant du même âge que sa fille Clémence, aujourd'hui lycéenne. Madame Rebernak ne veut pas accueillir chez elle son cousin, même si l'éducateur de justice insiste. Elle surveille, la peur au ventre, et décide d'en parler à Maître Montussaint, le notaire, qui lui déjà rendu des services.

L'action se déroule dans une petite ville, de ces villes où sont encore bien marquées les différences de classe, un parfum XIXe siècle, où le notaire peut "rendre des services" et éventuellement en tirer certains avantages. Madame Rebernak a perdu son mari, élève seule ses deux enfants. Maître Montussaint lui a trouvé un travail (de femme de ménage au collège). Clémence fréquente Paul, le fils du notaire. Une vie de province, tranquille, du moins en apparence, que le retour de Freddy vient troubler.

L'angoisse en creux

"Un notaire peu ordinaire" se lit d'un trait. Yves Ravey déroule les faits dans une économie de moyens et de détails qui donne au récit l'apparence d'un compte rendu judiciaire. L'apparence seulement, car le récit est tout sauf sec. Tout l'art de Ravey est d'utiliser une forme narrative qui réserve des espaces vacants, à tel point que l'essentiel finit par être révélé systématiquement en dehors du récit proprement dit. Au cinéma on appellerait ça le hors-champ. Tout cela contribue à renforcer le climat de terreur et à interroger le lecteur sur la question de la perception de la réalité des faits, et donc de la vérité.

Compte-rendu indirect

Toute l'affaire est racontée par le frère de Clémence, le fils de Madame Rebernak, un personnage en marge de l'histoire. Il ne dit d'ailleurs presque jamais "je", sauf dans la dernière page du livre. L'histoire qu'il raconte n'est pas la sienne, mais celle de sa mère, de sa sœur, du cousin de sa mère et du notaire. Dans un style indirect, le récit intègre et donne à voir les points de vue des différents protagonistes, avec en sous-entendu leurs sentiments, leurs craintes, leurs colères et leurs secrets, la panique de la mère, palpable, qui gagne le lecteur, littéralement. Un procès verbal réinterprété, en quelque sorte.

"Un notaire peu ordinaire", rien que le titre, une fois le livre lu, donne le frisson. On pense à Simenon ou à Carver côté littérature, Chabrol et Hitchcock côté cinéma : "Il n'y a pas de terreur dans un coup de fusil, seulement dans son anticipation." disait Alfred Hitchcock. On ne pourrait mieux résumer ce formidable roman d'Yves Ravey.

Un notaire peu ordinaire Yves Ravey
Editions de Minuit – 122 pages – 12 euros

Paraît en même temps en poche :
Enlèvement avec rançon Yves Ravey
Editions de minuit, "double" n°87 -  128 pages - 7 euros

[ EXTRAIT ]

"Elle a regardé de nouveau la rive opposée, malgré le soleil. Le notaire avait décapoté le coupé sport rouge. La voiture noire, Paul au volant, manœuvrait au-dessus de l'écluse, descendait le long du chemin de halage et gagnait le pont au-dessus de la rivière, descendait le long du chemin de halage et gagnait le pont au-dessus de la rivière, à l'endroit où le cours d'eau fait un coude. Ensuite, derrière la voiture noire, les quatre amis de sa fille, assises su le capot arrière du coupé sport rouge, qui s'agitaient, cheveux et foulard au vent. Le chien est revenu, il a léché Clémence dans le creux de la main. La jeune fille l'a flatté. Elle s'est relevée et elle a joué avec lui. Ma mère a eu envie de tuer le chien."









Par Laurence Houot

@LaurenceHouot

Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox

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