"Une vie violente" de Thierry de Peretti évoque la radicalisation d'un jeune étudiant corse d'origine bourgeoise, qui bascule dans la violence des clans nationalistes.
"Une vie violente" de Thierry de Peretti évoque la radicalisation d'un jeune étudiant corse d'origine bourgeoise, qui bascule dans la violence des clans nationalistes. © Pyramide Distribution

"Une vie violente" : en un film, la Corse exorcise ses tensions nationalistes

Mis à jour le 09/08/2017 à 19H12, publié le 08/08/2017 à 20H08

Librement inspiré de la vie d'un militant nationaliste assassiné en 2001, Nicolas Montigny, "Une vie violente" du réalisateur Thierry de Peretti sort mercredi 9 août. Il reconstitue avec justesse la trajectoire d'un jeune corse qui s'engage dans le combat politique à la fin des années 1990. Ni film historique, ni documentaire, il rend pourtant compte sans tabou des violences de l'époque.

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Le film nous plonge quelques mois seulement après l'assassinat du préfet Claude Erignac (février 1998). La Corse connait alors une période sombre, celle des violences exacerbées des groupes nationalistes armés. Stéphane, un jeune corse d'origine bourgeoise, est étudiant à Paris. Il semble bien éloigné de ces tensions. Mais l'assassinat d'un de ses amis d'enfance l'oblige à revenir sur sa terre natale où sa vie est menacée. Ce retour aux sources est l'occasion pour lui de se remémorer l'escalade de son engagement militant. 

Reportage : M. Weber, P. Lordon, L. Zephirin, T. Urtizverea 

C'est en fait en prison que Stéphane avait réellement découvert le nationalisme corse, au contact de François, intellectuel marxiste engagé dans le combat politique, qui deviendra son mentor. Dès sa libération, Stéphane est pris dans l'engrenage de la lutte armée et des attaques terroristes contre les intérêts économiques non-corses présents sur l'île. Ce parcours "atypique et tragique", comme le dit Thierry de Peretti, est inspiré de la vie de Nicolas Montigny, un jeune militant nationaliste assassiné en 2001, à l'âge de 27 ans.

Nicolas Montigny a été assassiné le 5 septembre 2001 dans un cybercafé bastiais. Il appartenait à Armata Corsa, un groupe nationaliste armé.  © FRANCOIS GABRIELLI / AFP Nicolas Montigny a été assassiné le 5 septembre 2001 dans un cybercafé bastiais. Il appartenait à Armata Corsa, un groupe nationaliste armé.  © FRANCOIS GABRIELLI / AFP

Psychologigue et profond, le film met en lumière les ressorts de la radicalisation, un processus graduel qui pousse le jeune Stéphane à aller toujours plus loin dans la violence au nom de la cause qu'il défend.

"Je m'excuse si le film rouvre les plaies" (Thierry de Peretti)

"Une vie violente", c'est aussi l'immersion réaliste dans un univers"mafieux" au milieu des armes et des règlements de compte. Un récit que le réalisateur, a voulu la plus fidèle possible. Et pour cause, lui-même Corse, il était âgé d'un an de plus que Nicolas Montigny au moment de son assassinat. Il évoque "une génération meurtrie" de jeunes corses, hantés par le souvenir de ces années de violence. Lors de l'Avant-première à Bastia, le réalisateur s'est même excusé auprès du public, "parce que le film convoque une époque vraiment douloureuse, qu'il y a des gens qui l'ont traversée et qui sont encore là aujourd'hui. Je m'excuse si le film blesse ou rouvre les plaies. Ce n'est pas le projet". Il souligne cependant "la nécessité de rendre compte des luttes et des errements". 

"Une vie violente" est un tableau vivant, avec au générique un casting 100% corse. D'anciens militants politiques sont même à l'affiche. La plupart des acteurs sont amateurs, recrutés sur place et formés par le réalisateur. C'est le cas de Jean Michelangeli qui incarne avec brio Stéphane, le personnage principal, et qui a vécu cette période lorsqu'il était enfant. Rentré "intuitivement" dans le rôle, comme il l'expliquait au Festival du Film de Lama le 31 juillet 2017, il avoue avoir été surpris de sa présence à l'écran : "quand j'ai vu le film, je ne m'attendais pas à projeter ça. Je ne pensais pas que mon personnage était aussi profond."   

Une dimension romanesque 

Après "Les Apaches" (2013), Thierry de Peretti réalise un second long-métrage, toujours sur sa Corse natale, et avec une émotion particulière : "c'est un film aussi intime qu'un premier" a-t-il déclaré en mai dernier lors de la projection pour la Semaine de la critique à Cannes. Derrière sa caméra, le tumulte de ces jeunes vies brisées prend une tournure romanesque. Lents travellings contemplatifs, larges plans fixes laissant éclater la violence des scènes à l'état brut, plans serrés sur les visages pour mieux incarner le récit.

"Une vie Violente" de Thierry de Peretti sortira en salles le 9 août 2017 © Pyramide Distribution "Une vie Violente" de Thierry de Peretti sortira en salles le 9 août 2017 © Pyramide Distribution

Le film sort dans un contexte particulier. Les violences liées au nationalisme corse ont drastiquement diminué depuis 2014, date à laquelle le Front de libération nationale corse a déposé les armes. L'union politique des nationalistes, orchestrée par Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée corse, semble parachevée. Mais les guerres de clans peuvent à tout moment rejaillir. Mi juillet, neufs personnes liées au célèbre gang bastiais de "La Brise de mer" ont été renvoyées devant le tribunal correctionnel de Marseille pour "association de malfaiteurs en vue de commettre des meutres avec préméditation". Des actions qui pourraient viser les responsables de l'effondrement de "La Brise de mer", dont le leader charismatique, Francis Mariani, a été assassiné en 2009. 

Saisissant et touchant, "Une vie violente" est avant tout un film sincère et humaniste, qui aborde sans concessions la spirale tragique de la radicalisation. 

© Pyramide Distribution © Pyramide Distribution

La Fiche

Thriller/Drame de Thierry de Peretti (France), avec Jean Michelangeli, Henry-Noël Tabary, Cédric Appietto, Marie-Pierre Nouveau, Délia Sépulcre-Nativi, Dominique Colombani, Paul Garatte, Jean-Etienne Brat - Durée : 1h53 - Sortie : 9 août 2017

Synopsis : Malgré la menace de mort qui pèse sur sa tête, Stéphane décide de retourner en Corse pour assister à l'enterrement de Christophe, son ami d'enfance et compagnon de lutte, assassiné la veille. C’est l’occasion pour lui de se rappeler les évènements qui l’ont vu passer, petit bourgeois cultivé de Bastia, de la délinquance au radicalisme politique et du radicalisme politique à la clandestinité.


Par Medhi Weber

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