Astérix le Gaulois (1967) de Ray Goosens
Astérix le Gaulois (1967) de Ray Goosens © DR

"Goscinny Scope" : l'épopée cinéma méconnue de l'auteur d'Astérix

Publié le 13/10/2017 à 12H30

René Goscinny, dont on commémorera le 5 novembre 2017 le trentenaire de la disparition à 51 ans, n'était pas seulement un auteur de BD. "Goscinny Scope" que publient les éditions Dunod sous la signature de Philippe Lombard, nous rappelle en détail qu'il signa les scénarios de nombreux films, des dessins animés inspirés de ses albums mais aussi des histoires originales comme "Le Viager".

On a du mal à s'imaginer la place que Goscinny a pris dans le cinéma français et la production télévisuelle. Son activité dans la bande dessinée a occulté son travail de scénariste et de dialoguiste. "Goscinny Scope", de Philippe Lombard, qui revient sur cette face méconnue de Goscinny, paraît aux éditions Dunod. Une publication qui coïncide avec les 30 ans de la disparition de l'auteur du Petit Nicolas, d'Iznogoud et surtout d'Astérix. On y apprend notamment avec émotion qu'en 1947, le jeune René Gosinny, rempli des espoirs d'un jeune homme de 21 ans, embarquait pour les Etats-Unis avec l'ambition de travailler avec Walt Disney. Ce qui n'arrivera jamais. Et c'est peut-être mieux pour la BD et le cinéma français. 

René Goscinny (à droite) et Albert Uderzo © DALMAS/SIPA René Goscinny (à droite) et Albert Uderzo © DALMAS/SIPA

En un peu plus de 185 pages, hélas sans aucune illustration, l'auteur nous emmène sur les traces de ce petit homme souvent enjoué, amateur de jeu de mots, et qui aimait à travailler sur le mode du duo. Avec Uderzo pour Astérix et Oum Pah Pah, avec Morris pour Lucky Luke, Tabary pour Iznogoud ou Sempé pour, évidemment, le Petit Nicolas.
Tout n'a pas été facile pour passer du papier à l'écran. Philippe Lombard nous narre les aventures de l'auteur d'Astérix sous un jour inconnu. Combien il a fallu de tatonnements, d'essais, de refus avant d'aboutir à un dessin animé digne de ce nom. Il y a eu les tentatives "dans le dos" de Goscinny et d'Uderzo, les délires d'animateurs refusés par le duo. Pour Lucky Luke, c'est encore pire, avec une adaptation turque pirate des aventures du célèbre cow boy.

Le manque d'images de "Goscinny Scope" est un peu préjudiciable au suivi du récit sur les travaux cinématographiques autour de l'oeuvre de Goscinny. D'autant qu'on ne s'en tient pas aux dessins animés. Et là, dans le passage au film avec des personnages incarnés, on a également droit au meilleur comme au pire. Le meilleur, hélas, Goscinny ne l'aura pas connu, le pire non plus d'ailleurs. Le meilleur, on peut aujourd'hui estimer que c'est avec "Mission Cléopâtre" d'Alain Chabat en 2001 ou  "Le petit Nicolas" de Laurent Tirard en 2010. Le pire, "Les Dalton" de Philippe Haïm en 2003. Mais ces adaptations sont loin d'être les premières. Et le livre permet de se remettre en tête les films que nous avons tous vus, ou ceux qui nous ont échappés. Et sa lecture devrait alors se faire devant un ordinateur. L'écran palliant l'absence d'illustrations, et permettant de vérifier de visu l'évolution, par exemple d'Astérix depuis le premier "Astérix le Gaulois" jusqu'au dernier en date "Le domaine des Dieux".

"Goscinny Scope" rappelle également que l'auteur du Petit Nicolas avait aussi signé des scénarios originaux notamment avec Pierre Tchernia. Il entretenait avec "l'Ami public n°1" une amitié indéfectible, formant avec lui un autre de ses duos. C'est donc lui qui a imaginé le petit monde souterrain du film "Les Gaspards" ou la famille Galipeau attendant avec anxiété la mort toujours reportée de Louis Martinet dans l'inénarrable film de 1972 "Le viager".

Michel Serrault (à droite) et Jean-Pierre Darras dans le Viager © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA Michel Serrault (à droite) et Jean-Pierre Darras dans le Viager © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Goscinny Scope n'est pas une biographie de René Goscinny. Le livre permet à de nombreuses reprises d'approcher le personnage, d'en comprendre le caractère, mais c'est bien son empreinte sur le cinéma (et la télévision dans une moindre mesure) qui est le sujet. Il ne se referme donc pas avec sa mort prématurée à 51 ans. Comme une comète, il continue d'éclairer longtemps après son passage. Et ce n'est pas terminé, son oeuvre continuera d'inspirer les réalisateurs, comme elle inspire ceux, à sa suite, qui ont continué les aventures de ses personnages, à commencer par Astérix et son village d'irréductibles Gaulois. 

La couverture de "Goscinny Scope" © Editions Dunod La couverture de "Goscinny Scope" © Editions Dunod


Un livre à lire avant d'aller visiter l'exposition  "Goscinny et le cinéma" jusqu'au 4 mars 2018 à la Cinémathèque. 

Par Jean-Francois Lixon

@Culturebox

Aimez notre page Facebook
pour suivre toute
l'actualité culturelle