L'actrice Cara Delevingne, août 2017
L'actrice Cara Delevingne, août 2017 © Carlos Tischler / NurPhoto

L'affaire Weinstein révèle-t-elle des pratiques courantes à Hollywood ?

Mis à jour le 12/10/2017 à 11H58, publié le 12/10/2017 à 9H58

C'est une véritable déferlante qui s'abat sur Hollywood et les nouvelles accusations contre le producteur américain déchu Harvey Weinstein ont déclenché un grand déballage. L'affaire Weinstein n'est-elle que le sommet de l'iceberg ? A Hollywood les langues se délient et font apparaître l'existence de pratiques où les abus sexuels sont monnaie courante dans ce temple du cinéma américain.

Asia Argento, Cara Delevingne, Mira Sorvino, Rosana Arquette, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Emma de Caunes et Judith Godrèche... Elles accusent toutes ouvertement Harvey Weinstein de harcèlement sexuel ou de viol, commis depuis les années 1990. Le producteur américain de son côté  a répondu, par porte-parole interposée, que les relations sexuelles publiquement révélées étaient consenties.

Reportage : M. Boisseau, O. Sauvayre


Cara Delevingne

L'actrice Cara Delevingne, star du dernier Luc Besson "Valérian et la cité des mille planètes", raconte sur Instagram qu'Harvey Weinstein, qu'elle avait suivi à contre-coeur dans une chambre d'hôtel, lui a demandé d'embrasser une femme qui se trouvait là et a tenté de l'embrasser sur la bouche avant qu'elle ne s'échappe.
 

When I first started to work as an actress, i was working on a film and I received a call from‎ Harvey Weinstein asking if I had slept with any of the women I was seen out with in the media. It was a very odd and uncomfortable call....i answered none of his questions and hurried off the phone but before I hung up, he said to me that If I was gay or decided to be with a woman especially in public that I'd never get the role of a straight woman or make it as an actress in Hollywood. A year or two later, I went to a meeting with him in the lobby of a hotel with a director about an upcoming film. The director left the meeting and Harvey asked me to stay and chat with him. As soon as we were alone he began to brag about all the actresses he had slept with and how he had made their careers and spoke about other inappropriate things of a sexual nature. He then invited me to his room. I quickly declined and asked his assistant if my car was outside. She said it wasn't and wouldn't be for a bit and I should go to his room. At that moment I felt very powerless and scared but didn't want to act that way hoping that I was wrong about the situation. When I arrived I was relieved to find another woman in his room and thought immediately I was safe. He asked us to kiss and she began some sort of advances upon his direction. I swiftly got up and asked him if he knew that I could sing. And I began to sing....i thought it would make the situation better....more professional....like an audition....i was so nervous. After singing I said again that I had to leave. He walked me to the door and stood in front of it and tried to kiss me on the lips. I stopped him and managed to get out of the room. I still got the part for the film and always thought that he gave it to me because of what happened. Since then I felt awful that I did the movie. I felt like I didn't deserve the part. I was so hesitant about speaking out....I didn't want to hurt his family. I felt guilty as if I did something wrong. I was also terrified that this sort of thing had happened to so many women I know but no one had said anything because of fear.

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"Il m'a dit que si j'étais gay ou que je décidais d'être avec une autre femme, surtout en public, je n'obtiendrais jamais de rôle de femme hétéro et ne réussirais par de carrière d'actrice à Hollywood", écrit Cara Delevingne dans le témoignage également publié sur son compte Instagram, qui compte 40 millions d'abonnés.

"Un ou deux ans plus tard", la jeune femme s'est rendue à une réunion avec M. Weinstein et un réalisateur dans le hall d'un hôtel. La star de "Valerian" et "La face cachée de Margo" explique alors qu'une fois le metteur en scène parti, les laissant seuls, le producteur a commencé à "se vanter" d'avoir "fait les carrières" d'actrices avec qui il avait eu des relations sexuelles, avant de l'inviter à monter dans sa chambre.

"J'ai hésité à parler... Je ne voulais pas faire de mal à sa famille"

Cara Delevingne raconte avoir d'abord dit non, avant d'accepter de monter quand l'assistante du producteur lui a assuré que sa voiture ne serait pas prête avant un moment. "A ce moment, je me suis sentie sans défense", se souvient-elle, sans préciser de date. L'actrice explique qu'une autre femme se trouvait dans la pièce et que le producteur leur a demandé de s'embrasser. Elle a alors tenté de désamorcer la situation en disant qu'elle pouvait chanter, comme pour une audition.

"Après avoir chanté, j'ai redit que je devais partir. Il m'a accompagné à la porte et s'est placé devant, et a tenté de m'embrasser sur la bouche. Je l'ai arrêté et j'ai réussi à sortir de la pièce", dit-elle. Cara Delevingne explique qu'elle a quand même décroché le rôle dans ce film mais "s'est sentie très mal". J'ai "toujours pensé qu'il me l'avait donné à cause de ce qui s'est passé", confie-t-elle. "J'ai hésité à parler... Je ne voulais pas faire de mal à sa famille. Je me sentais coupable, comme si j'avais fait quelque chose de mal", ajoute l'actrice à propos du producteur qui fait l'objet depuis près d'une semaine d'un déluge d'accusations d'agressions sexuelles et de viols.

"Il y a des gens très bien à Hollywood, mais il y a aussi des salopards"

Léa Seydoux, star de "La vie d'Adèle" et du James Bond "007 Spectre", dans une tribune au Guardian, dit avoir dû "se défendre" pour échapper au puissant producteur qui s'était "jeté sur elle". Ces témoignages viennent corroborer ceux recueillis dans le New York Times et le New Yorker depuis la semaine dernière, notamment de Mira Sorvino, Rosana Arquette, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Emma de Caunes et Judith Godrèche, qui ont décrit les avances sexuelles insistantes du producteur, souvent dans une chambre d'hôtel et vêtu d'un peignoir, voire nu.

Progressivement, les langues se délient et jettent une lumière crue sur des pratiques qui, selon certains, minent depuis longtemps Hollywood. "Il y a des gens très bien à Hollywood, mais il y a aussi des salopards, des gens pourris jusqu'à la moelle, qui réussissent dans ce milieu parce que c'est un monde de tueurs", a affirmé à l'AFP le consultant Alex Ben Block, membre de la rédaction en chef du magazine spécialisé "The Hollywood Reporter" durant plus de dix ans.

Pratiques courantes à Hollywood ?

Harvey Weinstein n'est pourtant que "le sommet de l'iceberg", insiste l'acteur et réalisateur Rob Schneider ("Inside Amy Schumer") dans une vidéo publiée par le site TMZ --le site de référence sur les célébrités-- où il dit avoir été lui-même harcelé par un cinéaste célèbre lorsqu'il était jeune. "Les acteurs, les actrices plus que les hommes, sont particulièrement vulnérables. Ils ont besoin d'un agent et les agents sont répugnants aussi", assure-t-il. "Les directeurs de casting, les producteurs, les réalisateurs, c'est partout dans l'industrie".

Dans sa tribune, Léa Seydoux dit rencontrer des hommes comme Harvey Weinstein "tout le temps" et dénonce le traitement misogyne des femmes dans le cinéma, de l'exigence de perfection physique aux écarts de salaires injustifiés avec les hommes.

Le scandale Weinstein a aussi ouvert la boîte de Pandore sur l'hypocrisie à Hollywood. Rose McGowan est l'une des actrices citées dans le New York Times comme ayant passé un accord amiable avec Harvey Weinstein après un incident, ce qu'elle semble confirmer dans une avalanche de tweets sur l'affaire.

Elle a lancé une véritable campagne sur Twitter pour obtenir la démission de la totalité du conseil d'administration de la Weinstein Company, y compris Bob, le frère de Harvey et cofondateur de leur maison de production: "Ils étaient tous au courant", dénonce-t-elle.

Elle traite aussi de menteur l'acteur Ben Affleck. Selon elle, il connaissait parfaitement le comportement de Weinstein qui a lancé sa carrière, alors qu'il a laissé entendre qu'il l'ignorait.

Le scandale Weinstein éclabousse la scène politique

Selon TMZ, le producteur est parti pour l'Arizona suivre une cure, notamment contre l'addiction au sexe. Sa porte-parole Sallie Hofmeister, contactée par l'AFP, n'a fait aucun commentaire. Plus tôt mercredi, Remy, la fille du producteur, a alerté la police sur un comportement "suicidaire" de son père. La police, arrivée sur place, a conclu à une simple "dispute familiale", a indiqué à l'AFP un porte-parole du LAPD.

Le producteur s'est dit "profondément dévasté" après sa rupture avec son épouse Georgina Chapman, qui a annoncé dès mardi soir le quitter, selon le site de potins Page Six.

Le scandale, de plus en plus retentissant, a débordé sur la scène politique car Harvey Weinstein finançait le camp démocrate auquel il a personnellement donné 1,4 million de dollars depuis 1990, selon le Center for Responsive Politics, et pour lequel il a levé des centaines de milliers de dollars. Critiqués après plusieurs jours de silence, Hillary Clinton s'est dite mardi "choquée et écoeurée", et Barack et Michelle Obama "dégoûtés".

"Un comportement impardonnable", dénonce le Festival de Cannes

Les agressions sexuelles dont est accusé le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein "relèvent d'un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu'une condamnation nette et sans appel", ont estimé les dirigeants du Festival de Cannes, mercredi dans un communiqué.

"C'est avec consternation que nous avons découvert les accusations de harcèlement et de violence sexuelle récemment portées contre Harvey Weinstein, professionnel du cinéma dont l'activité et la réussite sont connues de tous, qui lui valent de séjourner à Cannes depuis de nombreuses années et d'avoir de nombreux films sélectionnés au Festival International du Film dont il est une figure familière", écrivent Pierre Lescure et Thierry Frémaux, président et délégué général du plus prestigieux festival de cinéma du monde.

"Ces faits relèvent d'un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu'une condamnation nette et sans appel", poursuivent les deux dirigeants dans ce communiqué mis en ligne sur le site du festival. "Notre pensée va aux victimes, à celles qui ont eu le courage de témoigner et à toutes les autres. Puisse cette affaire contribuer à dénoncer une nouvelle fois des pratiques graves et inacceptables", concluent-ils.

Par Culturebox (avec AFP)

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