Judi Dench et Ali Fazal dans "Confident royal" de Stephen Frears
Judi Dench et Ali Fazal dans "Confident royal" de Stephen Frears © Focus Features / Peter Mountain

"Confident royal" : chronique d’une improbable amitié

Publié le 01/10/2017 à 10H55

Pour son dernier long métrage, Stephen Frears porte délicieusement à l’écran le récit de l’amitié hors du commun qui lia la reine Victoria, au soir de sa vie, à son valet indien Abdul Karim. Judi Dench, qui se retrouve de nouveau dans les habits de la monarque britannique, est encore une fois au sommet de son art.

la note culturebox

3
3/5


"Confident royal", le film adapté du livre éponyme de la journaliste indienne Shrabani Basu, est une nouvelle incursion historique dans les affaires royales et les intrigues de la cour britannique d’un spécialiste en la matière, Stephen Frears ("The Queen", "Les Liaisons dangereuses").

Vies parallèles

Dès les premières images de son dernier long métrage, le cinéaste anglais prépare le spectateur à une histoire hors norme. Deux mondes sont filmés en parallèle : celui de la cour royale où la reine Victoria célèbre son jubilée d’or et celui de son sujet indien, Abdul Karim, vaquant à ses occupations de greffier adjoint de la prison d’Agra, ville qui fut la capitale de l’empire mongol.

C’est à la faveur d’un regard, interdit par le protocole et dans lequel la caméra de Frears se noie, qu’un lien improbable va se tisser entre la vieillissante impératrice des Indes et un Indien musulman en 1887. La souveraine est frappée par le charme de ce jeune homme qu’elle décide de garder à son service, comme valet. Il devient bientôt son "munshi" (professeur et guide spirituel). Il lui enseigne sa langue, l’ourdou (parlée dans le nord de l’Inde), et partage sa foi musulmane avec celle qui est chef de l’Eglise anglicane.

"Confident royal" : la bande annonce

Sous la houlette de Stephens Frears dont elle était déjà l'héroïne dans "Philomena" (2013), Judi Dench donne vie avec maestria à une souveraine usée par le pouvoir, la solitude et le poids des ans. Mais qui s’est libérée, d’une certaine manière, des contraintes de la cour dont le cérémonial l’indiffère de plus en plus. En témoigne cette magnifique scène de repas, dont l’épilogue sera sa rencontre avec Abdul, où la reine avale goulûment les uns après les autres les délicieux mets qui le composent.

Une Judi Dench décidément très victorienne

Le coup de foudre amical entre la reine Victoria et Abdul Karim, incarné par la star bollywoodienne de "3 Idiots" Ali Fazal, pèse bientôt sur l’entourage immédiat de la souveraine. Sa cour, son fils Bertie (surnom d'Edouard VII) au premier plan, profondément raciste, ne supporte pas, entre autres, que la reine "fricote" avec le représentant d’une population sous domination et qui s’est par ailleurs rebellée contre la couronne.

A l’époque de sa rencontre avec Abdul, la reine Victoria fait l’objet d’une fatwa en Inde. Impossible pour elle alors de visiter le joyau de la couronne anglaise où sa vie est menacée. C’est le sous-continent indien qui vient à elle à travers Abdul et ses mots. Notamment pour tenter de faire partager à une dirigeante, qui a toute sa confiance, ses convictions politiques.

Au risque de mettre en péril sa relation avec Victoria à qui il voue pourtant une sincère affection. La vielle dame, qui revit à ses côtés, n'est pas en reste. Ses motivations et ses émotions sont clairement explicitées par la performance de Judi Dench. En endossant une nouvelle fois les habits de la reine Victoria, la comédienne retrouve un personnage à qui elle avait déjà prêté ses traits dans une situation similaire.

Bande annonce du film La Dame de Windsor de John Madden

Dans "La Dame de Windsor" (Mrs Brown) de John Madden (sélectionné au Festival de Cannes en 1997), une monarque plus jeune se battait déjà pour imposer un homme qui lui était cher, John Brown, l’intendant écossais de son château de Balmoral. A noter que c’est en tournant avec le cinéaste britannique John Madden "Indian Palace" et "Indian Palace - Suite royale" que Judi Dench s’est prise d’affection pour l’Inde. Toutes proportions gardées, les vies de l’actrice et de la souveraine semblent se télescoper pour se mettre au service d’une lumineuse interprétation.

Crescendo

Au risque de perdre en rythme, la réalisation de Frears s’emploie, elle, à mener graduellement le spectateur vers le dramatique dénouement. Ainsi, les premières heures de la rencontre sont légères. Dialogues et scènes cocasses se multipliant au début du film. Et le pragmatique personnage de Mohammed (Adeel Akhtar), compagnon d’infortune d’Abdul qui ne rêve que de rentrer dans son pays aux mains de ces "barbares" oppresseurs anglais, contribue fortement à installer cette atmosphère.

Puis, elle va peu à peu s’assombrir faisant ainsi place à la cour royale, vivier de seconds rôles qui s’affirment pleinement dans le complot. Entre autres, le général Ponsonby. Le secrétaire de la reine, dépassé par les évènements, est interprété par le comédien britannique Tim Pigott-Smith disparu en avril 2017 et à qui le film est dédié.

Même si certaines scènes paraissent trop convenues, Stephen Frears signe un délicieux film qui lève le voile sur un pan méconnu de l’histoire de la cour d’Angleterre. Tout en étant d’une saisissante actualité.

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Stephen Frears
Pays : Grande-Bretagne / Etats-Unis 
Acteurs :  Judi Dench, Ali Fazal, Eddie Izzard, Adeel Akhtar, Tim Pigott-Smith, Olivia Williams, Paul Higgins, Fenella Woolgar
Durée : 1h52
Sortie : 4 octobre 2017

Synopsis : L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne. Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire. A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation.

Par Falila Gbadamassi

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