Michael Fassbender dans "A ceux qui nous ont offensés" de Adam Smith (II)
 Michael Fassbender dans "A ceux qui nous ont offensés" de Adam Smith (II) © The Jokers / Le Pacte

"A ceux qui nous ont offensés" : polar social filmé à l'anglaise

Mis à jour le 01/03/2017 à 18H00, publié le 01/03/2017 à 17H34

C’est peut-être enfoncer une porte ouverte, mais les réalisateurs britanniques ont un don tout particulier pour traiter les sujets sociaux comme personne. Premier film d’Adam Smith, inspiré d’un fait divers contemporain, "A ceux qui nous ont offensés" s’inscrit dans cette lignée, dans un contexte policier, avec une formidable confrontation Michael Fassbender-Brendan Gleeson.

la note culturebox

3
3/5


Ogresque

Jeune cinéaste, Adam Smith a surtout travaillé à la télévision britannique pour laquelle il a notamment réalisé ce qui est considéré comme le meilleur de la série "Dr. Who". Il a par ailleurs signé "Don’t Think" pour le cinéma, un concert filmé  avec 21 caméras des Chemical Brothers, dont il est un des concepteurs visuels. Sa première incursion dans la fiction pour grand écran s’effectue sous les meilleurs auspices, avec deux acteurs irlandais, Fassbender et Gleeson, accompagnés d’une non moins impressionnante Lyndsey Marshall, vue notamment en Cléopâtre dans la série HBO "Rome".

"A ceux qui nous ont offensés" : la bande annonce

Adam Smith reconstitue avec beaucoup d’ambiance la famille Cutler, dont les membres sont identifiés à des Gitans, vivant de braquages, bien connus des services de police qui ne parviennent jamais à les confondre. Vivant dans un camp composé de caravanes, le gang est dirigé d’une main de fer par Colby, le patriarche qui tire sa fierté de son mode de vie en marge, indépendant, paria d’une société qu’il méprise et que Brendan Gleeson incarne d’une stature ogresque, à l’autorité naturelle.

La chèvre et le choux

Ce père quasiment déifié par la communauté est en conflit avec son fils Chad, interprété tout en sobriété par un Michal Fassbender inspiré. Marié à Kelly, père de deux jeunes enfants, il n’a de cesse de vouloir extirper sa famille d’un mode de vie archaïque, conditionnée par un paternel analphabète et fier de l’être, qui lui a légué ce piètre héritage et l’art du braquage. Le conflit naît de cet antagonisme générationnel qui reconstitue le clivage entre conservatisme et progressisme. Habité par ses convictions, Chad se perdra à ménager la chèvre et le choux, se mettant à dos tout le monde. Son père, son épouse, son fils et la police qui n’aura de cesse de le traquer après un casse trop ambitieux, sinon suicidaire.

Michael Fassbender et Brendan Gleeson dans "A ceux qui nous ont offensés" de Adam Smith (II) © The Jokers / Le Pacte Michael Fassbender et Brendan Gleeson dans "A ceux qui nous ont offensés" de Adam Smith (II) © The Jokers / Le Pacte

Directeur de la photographie et monteur, avant de passer à la réalisation, l’on sent bien ces origines dans l’élégance de la mise en scène d’Adam Smith. Sans être esthétisante, l’image aurait peut-être gagné à jouer de plus de brutalité, vu le contexte, alors que le montage est parfaitement rythmé donnant un souffle à l’intrigue constamment soutenu. La dramaturgie parfaitement maîtrisée touche juste en privilégiant la dimension fictionnelle sur un documentarisme descriptif, qui aurait pu sombrer dans le voyeurisme. Le suspense s’invite en dernier ressort dans la chasse qui s’engage entre Chad et la police, à l’image d’un héros qui tente de fuir son destin tout tracé.  

"A ceux qui nous ont offensés" l'affiche française © The Jokers / Le Pacte "A ceux qui nous ont offensés" l'affiche française © The Jokers / Le Pacte

LA FICHE

Drame de Adam Smith (II) (Grande-Bretagne) - Avec : Michael Fassbender, Brendan Gleeson, Lyndsey Marshal, Sean Harris, Georgie Smith, Rory Kinnear - Durée : 1h39 - Sortie: 1er mars 2017

Synopsis : Les Cutler vivent comme des hors-la-loi depuis toujours dans une des plus riches campagnes anglaises, braconnant, cambriolant les résidences secondaires et narguant la police. Luttant pour faire perdurer leur mode de vie, Chad est tiraillé entre les principes archaïques de son père et la volonté de faire le nécessaire pour ses enfants. Mais la police, les traquant sans relâche, l’obligera peut-être à choisir entre sa culture et le bonheur des siens…

Par Jacky Bornet

@Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox

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