Carlos Ayesta & Guillaume Bression - Comment montrer ce qui ne se voit pas ? Ce qui ne se sent pas ? Dans cette série, la fiction révèle le réel et non l’inverse. Les villes, les campagnes et les forêts sont divisées entre les zones possiblement contaminées et celles qui ne le sont pas. Cette photographie a été prise dans la ville évacuée de Namie, à une dizaine de kilomètres de la centrale. Gravement atteinte par le tremblement de terre, la ville est aujourd’hui coupée en deux selon les niveaux de radioactivité. Série Mauvais rêves ?, avril 2013, Namie - Avec l’aimable autorisation des artistes et de la galerie 247.
Carlos Ayesta & Guillaume Bression - Comment montrer ce qui ne se voit pas ? Ce qui ne se sent pas ? Dans cette série, la fiction révèle le réel et non l’inverse. Les villes, les campagnes et les forêts sont divisées entre les zones possiblement contaminées et celles qui ne le sont pas. Cette photographie a été prise dans la ville évacuée de Namie, à une dizaine de kilomètres de la centrale. Gravement atteinte par le tremblement de terre, la ville est aujourd’hui coupée en deux selon les niveaux de radioactivité. Série Mauvais rêves ?, avril 2013, Namie - Avec l’aimable autorisation des artistes et de la galerie 247. © Carlos Ayesta - Guillaume Bression I www.fukushima-nogozone.com

Fukushima : le Prix Découverte d'Arles à Carlos Ayesta & Guillaume Bression

Mis à jour le 10/07/2017 à 19H00, publié le 10/07/2017 à 18H56

Cette année, nouveauté à Arles, c'étaient des galeries qui proposaient des artistes pour le Prix Découverte. Présentés par la galerie 247, Carlos Ayesta et Guillaume Bression ont été récompensés pour leur travail sur l'après-Fukushima.

Le Vénézuélien Carlos Ayesta et le Français Guillaume Bression ont remporté le Prix Découverte des Rencontres d'Arles avec la galerie parisienne 247 qui les représente, pour leur projet Fukushima. En mars 2011, juste après le séisme qui avait provoqué une catastrophe nucléaire majeure, ils s'étaient rendus sur place et avaient été frappés par le no man's land autour de la centrale : dans la zone qui l'entoure, le temps semblait s'être interrompu, après le départ en urgence de 80.000 sinistrés.
 
A partir de là, ils ont développé un projet artistique, sur les villes et les campagnes vidées de leurs habitants et l'atmosphère étrange qui s'y est installée.
 
Dans la zone interdite, la nature a repris ses droits : en 2014 les deux photographes surprennent, sous un ciel de fin du monde, un quai de gare presque entièrement submergé par la végétation, à 5 km de la centrale nucléaire. Plus loin, une voiture abandonnée sur un parking est engloutie dans la verdure, on devine à peine le toit et le haut des vitres qui surnagent encore. Ailleurs, c'est une maison ou une route qui sont progressivement grignotées.

Carlos Ayesta & Guillaume Bression - Ikuko Suzuki : "Dans cette maison, nous fabriquions des tatamis et des futons. Trois personnes y travaillaient (...). Quand nous sommes revenus pour la première fois, je ne suis resté que 10 minutes. En 10 minutes, dans ce désordre, il fallait trouver tout ce qui avait de la valeur pour nous, c'était difficile (...)." Avec l'aimable autorisation des artistes et de la galerie 247 © Carlos Ayesta - Guillaume Bression I www.fukushima-nogozone.com Carlos Ayesta & Guillaume Bression - Ikuko Suzuki : "Dans cette maison, nous fabriquions des tatamis et des futons. Trois personnes y travaillaient (...). Quand nous sommes revenus pour la première fois, je ne suis resté que 10 minutes. En 10 minutes, dans ce désordre, il fallait trouver tout ce qui avait de la valeur pour nous, c'était difficile (...)." Avec l'aimable autorisation des artistes et de la galerie 247 © Carlos Ayesta - Guillaume Bression I www.fukushima-nogozone.com


Témoignages de sinistrés

En ville, des maisons ébranlées par le tremblement de terre sont restées en déséquilibre. Une salle de jeu trône, fantomatique, dans la nuit.
 
Carlos Ayesta et Guillaume Bression varient les points de vue, alternant constat documentaire et mise en scène, paysages, portraits, natures mortes (des produits périmés retrouvés dans un supermarché). Ils se sont rendus avec des habitants dans leurs maisons dévastées et ont recueilli leurs témoignages, qui accompagnent les images. Une femme, accablée dans sa cuisine, raconte qu'elle a perdu toute énergie, ou cette autre, assise par terre au milieu d'une pièce sens dessus dessous, exprime le côté étrange de la situation.
 
Sélectionnés parmi ceux de près de 200 candidats du Prix Découverte, dix projets, dont celui du duo finalement primé, avaient été retenus et sont exposés à Arles, dans les anciens ateliers SNCF rachetés et rénovés par la fondation Luma.

Une acquisition d'un montant de 20.000 euros récompense les gagnants : les œuvres ainsi achetées intègrent la collection des Rencontres d'Arles.

 

Par Valérie Oddos

@valerieoddos

Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox

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