Le Louvre Abou Dhabi a été conçu par l'architecte français Jean Nouvel.
Le Louvre Abou Dhabi a été conçu par l'architecte français Jean Nouvel. © HO / TDIC / AFP

Louvre Abou Dhabi : le musée ouvrira enfin ses portes le 11 novembre

Mis à jour à 17h35, publié le 06/09/2017 à 10H56

Il est très attendu, le Louvre Abou Dhabi, présenté comme le premier musée universel dans le monde arabe, et comme un symbole de tolérance. Installée sur l'île de Saadiyat, à Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, la bâtisse a été conçue par l'architecte Jean Nouvel qui explique ici les origines du projet. Le président français, Emmanuel Macron, assistera à son inauguration.

Des oeuvres d'art, des manuscrits et des objets allant de la naissance des civilisations jusqu'à nos jours permettront aux visiteurs de comprendre notamment les influences partagées entre les différentes cultures à travers l'histoire. L'ouverture du musée a été retardée à plusieurs reprises en raison de problèmes de financement. Mais, cette fois, les choses semblent bouclées et une conférence de presse a été organisée le 6 septembre à Abou Dhabi pour annoncer la date d'inauguration. Ce musée est la "réponse conjointe" de Paris et d'Abou Dhabi à un moment où "la culture est attaquée", a déclaré à cette occasion la ministre française, de la Culture, Françoise Nyssen.

Modélisation du musée du Louvre Abou Dhabi, qui ouvrira ses portes le 11 novembre 2017.  © OSNOWYCZ AUDE/SIPA Modélisation du musée du Louvre Abou Dhabi, qui ouvrira ses portes le 11 novembre 2017.  © OSNOWYCZ AUDE/SIPA

Le projet est né d'un accord inter-gouvernemental signé en 2007 entre Paris et Abou Dhabi. D'une durée de 30 ans, il prévoit que la France apporte son expertise, prête des oeuvres d'art et organise des expositions temporaires contre un milliard d'euros. Sur ce total, la seule concession du nom du Louvre jusqu'en 2037 rapporte au musée parisien 400 millions d'euros. La construction du musée --un contrat estimé initialement à 654 millions de dollars (582 millions d'euros)-- a été financée par Abou Dhabi en sus de l'accord de coopération.

8600 m², 23 galeries permanentes, 600 oeuvres

Jean Nouvel s'est inspiré de la culture architecturale arabe pour concevoir cette "ville-musée", recouverte en grande partie par un dôme de 180 mètres de diamètre, constellé d'étoiles par lesquelles traverse un "pluie de lumière". Les espaces d'exposition intérieurs s'étendront sur 8.600 m². Dans les 23 galeries permanentes seront exposées 600 oeuvres d'art, dont 300 prêtées par 13 musées français durant la première année d'ouverture. Parmi les prêts figureront "La Belle Ferronnière" de Léonard de Vinci, qui vient du musée du Louvre, "Bonaparte franchissant les Alpes" de Jacques-Louis David (Versailles) et "Autoportrait" de Vincent Van Gogh (musée d'Orsay).

"La belle ferronnière", Léonard de Vinci. Musée du Louvre, Paris.  © HEATON / ONLY FRANCE "La belle ferronnière", Léonard de Vinci. Musée du Louvre, Paris.  © HEATON / ONLY FRANCE

Mais la grande majorité des oeuvres relatera l'histoire ancienne des civilisations, des cultures et des religions, illustrée notamment par l'exposition d'un feuillet du Coran bleu, d'une Bible gothique et d'un Pentateuque, ainsi que des textes bouddhiques ou taoïstes. Il s'agit avant tout d'envoyer "un message de tolérance", a déclaré à Mohamed Khalifa Al Moubarak, président de l'Autorité du Tourisme et de la Culture d'Abou Dhabi.

Polémique sur l'appellation "Louvre" 

A côté du Louvre, deux autres musées verront le jour sur l'île de Saadiyat (Guggenheim et Zayed), c'est dire l'importance que les autorités locales accordent au développement d'un tourisme culturel au coeur du Golfe, entre l'Asie et l'Europe.
 
Le lancement du projet du Louvre Abou Dhabi en 2007 avait été suivi par une controverse en France sur la "marchandisation" de la marque du musée parisien, mais les critiques s'étaient ensuite estompées. "C'est exceptionnel. C'est la première fois qu'un tel projet est lancé au Moyen-Orient", a dit Manuel Rabaté, directeur français du Louvre Abou Dhabi en qualifiant le projet qui verra le jour dans deux mois de "complexe et ambitieux".

La protection des oeuvres est primordiale 

La question du transport, de la conservation et de la sécurité des chefs d'oeuvre a suscité des inquiétudes chez les spécialistes. "Leur protection est vitale et nous nous sommes assurés d'avoir les systèmes" requis, a dit M. Moubarak en citant notamment le contrôle des températures et de l'humidité, alors que la chaleur extérieure excèdera 40 degrés pendant plusieurs mois l'été.
 
M. Moubarak a également cité la mobilisation de forces émiraties, en coordination avec des experts français, pour protéger le musée contre des attaques terroristes.

Stratégie d'influence

L'ouverture du musée du Louvre s'inscrit dans le cadre d'une stratégie de "soft power" des Emirats qui cherchent à gagner une visibilité et une influence mondiales avec également l'Exposition universelle qui sera organisée en 2020 à Dubaï.

Les Emirats rivalisent avec leur "frère ennemi" et voisin, le Qatar, qui s'est positionné sur le terrain sportif avec l'organisation du Mondial-2022 de football, l'acquisition du club Paris Saint-Germain et la chaîne TV BeIn Sports. "Nous ne sommes pas une société fermée", a dit M. Moubarak. "Nous (Emiratis et Français) avons un objectif identique. Nous voulons expliquer au monde comment notre histoire est connectée (...). Quand le musée ouvrira, le monde en prendra conscience".

Jean Nouvel : un musée c'est plus un quartier qu'un bâtiment

L'architecte Jean Nouvel qui a conçu le Louvre Abou Dhabi a expliqué mercredi, dans un entretien à l'AFP, comment était né son projet

Comment avez-vous conçu le Louvre Abou Dhabi ?

J'ai déjà travaillé à Paris sur l'Institut du monde arabe. J'avais surtout la volonté d'être à la hauteur de la situation parce qu'un quartier culturel se créait là, sur une île déserte (à Abou Dhabi), avec cinq grandes institutions (dont le Guggenheim, le Louvre étant le premier musée à être construit). Je suis un architecte contextuel et je voulais que ce musée appartienne à l'Histoire et à la géographie de ce pays (les Emirats arabes unis). Je ne voulais pas qu'on construise le même à Paris. Je voulais qu'il appartienne à ce climat, dans tous les sens du terme. Et je voulais aussi que, symboliquement, il y ait une forme de spiritualité parce que le contenu est souvent sacré et la culture est une dimension de l'esprit.

L'architecture arabe vous a-t-elle inspiré ?

Je suis allé chercher le dôme blanc, un symbole clair, un lieu qui n'est pas banalisé. Je suis allé chercher aussi la géométrie de la ville arabe parce que je suis toujours dans cette idée qu'un musée, c'est beaucoup plus un quartier qu'un bâtiment. C'est un lieu de rencontres et de discussions. Il y a aussi cette ouverture sur la mer, avec des bateaux, qui fait beaucoup de sens sur le plan symbolique avec le dialogue des civilisations. J'ai voulu jouer sur cette ouverture qui était celle de ce site du désert au bord de l'eau.

Quel est le rôle de la lumière naturelle dans le musée, en grande partie recouvert par un immense dôme constellé d'étoiles ?

La spiritualité peut aussi se traduire par un symbole qui est de l'ordre de la lumière. Pour moi, la grande architecture arabe, c'est une géométrie aux lumières. J'ai essayé de trouver quelque chose qui soit en relation avec cette vibration. La vibration, je l'ai inventée à partir du moment où j'ai décidé de faire plusieurs couches pour la coupole et pour le dôme, en me disant qu'il va falloir qu'un rai de lumière traverse toutes ces couches pour arriver en bas et que, comme le soleil tourne, ça ne sera jamais la même géométrie et que des points de lumière vont apparaître et disparaître. Cette lumière vibrante, avec les reflets de l'eau qui rentrent souvent sous la coupole, crée une ambiance qui n'est pas ordinaire et qui est un héritage aussi de certains effets qui existent déjà dans la ville arabe, en particulier dans les souks.

 

 

Par Culturebox (avec AFP)

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