Documenta 2017 : des gens discutent à côté de l'installation de l'Espagnol Daniel Garcia Andujar, au musée d'art contemporain d'Athènes, à la veille de l'inauguration officielle de l'événement (7 avril 2017)
Documenta 2017 : des gens discutent à côté de l'installation de l'Espagnol Daniel Garcia Andujar, au musée d'art contemporain d'Athènes, à la veille de l'inauguration officielle de l'événement (7 avril 2017) © Louisa Gouliamaki / AFP

L'expo Documenta 2017 se partage exceptionnellement entre Athènes et Cassel

Publié le 07/04/2017 à 15H58

La Documenta, prestigieux rendez-vous d'art contemporain organisé depuis 1955 au centre de l'Allemagne, à Cassel, innove pour son édition 2017. Pour la première fois, l'exposition débute samedi à Athènes où elle durera jusqu'au 16 juillet. Le 10 juin, elle ouvrira aussi à Cassel pour s'y achever le 17 septembre 2017.

La Documenta revendique une ambition : "L'art rapproche les gens." "Surmonter les frontières, construire des ponts et une base pour vivre ensemble, établir une procédure d'apprentissage réciproque, voilà ce que l'art peut faire", a résumé le maire de Cassel, en Allemagne, Bertam Hilgen, lors d'une conférence de presse jeudi à Athènes.

Athènes, un statut de symbole des crises financière et migratoire

C'est la 14e édition de la Documenta, qui se déroule tous les cinq ans, mais la première à être organisée pour moitié hors de Cassel, soit à Athènes, sur une proposition de son directeur artistique Adam Szymczyk formulée en 2013. Athènes est en effet devenue symbole ces dernières années de la crise financière et migratoire européenne. Documenta invite les spectateurs "à être inspirés" par ces questions.

Ce défi semble difficile à relever : la Grèce reste soumise à des politiques de rigueur drastiques ordonnées par ses créanciers en échange de prêts, et l'Allemagne, tenante d'une ferme discipline budgétaire dans la zone euro, est aux yeux des Grecs le créancier de loin le plus intransigeant en Europe. Adam Szymczyk défend "le contexte politique" de l'évènement: il s'agit d'une procédure "d'apprentissage", une tentative pour les citoyens de sortir de l'apathie politique, selon lui.

Mais qu'y a-t-il à apprendre d'Athènes ? "Pendant ces années de préparation de la Documenta, nous avons tous appris à abandonner les préjugés et à nous immerger dans l'obscurité du non-savoir, au lieu de prétendre qu'on sait suffisamment de choses", rétorque-t-il, cité par l'AFP.

Documenta 2017 : le teaser de la cérémonie d'ouverture à Athènes

860.000 visiteurs lors de l'édition 2012

La Documenta, décrite récemment en Allemagne par une historienne de l'art comme le "pèlerinage à la Mecque" des amateurs d'art, a connu un succès croissant, avec 860.000 visiteurs lors de sa dernière édition en 2012. Pour Athènes, capitale plus connue pour ses monuments antiques que pour son art contemporain, "le moment est historique", se félicite le maire Georges Kaminis, ravi que sa ville devienne "un point d'intérêt international et de créativité artistique".

Il espère ainsi "plus de 6.500 visiteurs" pour l'inauguration ce week-end à Athènes de l'évènement, qui y durera trois mois. La Documenta ouvrira aussi à Cassel mi-juin, pour s'achever le 17 septembre.

Concert d'ouverture par un orchestre de Syriens expatriés

Pour l'ouverture samedi, un concert sera donné par l'orchestre philharmonique des Syriens expatriés (Sepo), dont la majorité des membres ont fui leur pays en raison de la guerre. Fondé en 2013 en Allemagne par le musicien d'Alep Raed Jazbeh, le Sepo vise à rassembler la diaspora syrienne.

Le coup d'envoi du projet "le transit de Hermès", de l'Écossais Ross Birrell, sera également donné ce week-end : des cavaliers partiront de l'Acropole, centre historique d'Athènes, pour remonter en cent jours 3000 kilomètres jusqu'à Cassel, via la route des Balkans empruntée par l'immense flux des réfugiés se dirigeant vers l'Allemagne en 2015.

Expos, concerts, films, happenings

Soutenue par une équipe importante de curateurs et dotée d'un budget de 34 millions d'euros, dont des fonds publics, la Documenta se déclinera entre expositions, concerts, films ou happenings, à Athènes et Cassel. Pour Athènes, les curateurs ont souligné "l'importance de la topologie" de la capitale : les évènements prévus, la plupart encore nimbés de mystère, se dérouleront à la fois dans l'espace public et dans les musées ou bâtiments historiques de différents quartiers de la capitale, ceux de la classe moyenne comme les plus défavorisés.

Documenta 2017 : des gens font des travaux de couture pour la performance "Check Point Prosfygika" du Ghanéen Ibrahim Mahama, sur la place Syntagma à Athènes, en face du Parlement grec (7 avril 2017) © Louisa Gouliamaki / AFP Documenta 2017 : des gens font des travaux de couture pour la performance "Check Point Prosfygika" du Ghanéen Ibrahim Mahama, sur la place Syntagma à Athènes, en face du Parlement grec (7 avril 2017) © Louisa Gouliamaki / AFP


Le musée d'art contemporain d'Athènes (EMST), qui n'a ouvert ses portes que récemment après des années de retard dans sa rénovation, sera au centre des manifestations. Parmi les projets emblématiques prévus à Cassel figure l'érection d'un temple grec classique constitué de 100.000 livres venus du monde entier, interdits par le passé, et aujourd'hui soit réédités soit toujours prohibés.

Samedi, au moment du coup d'envoi de la Documenta à Athènes, de la fumée blanche sortira d'une cheminée de Cassel. L'artiste Daniel Knorr, à l'origine de cette initiative, a prévu que cette fumée envahisse le ciel de Cassel chaque jour de 10h00 à 20h00, durant les 163 jours que durera l'évènement dans les deux villes.

Par Culturebox (avec AFP)

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